Là où la Grâce n’est pas, même la nature n’est pas. Là où est l’homme sans Dieu, il n’y a alors que désolation. Au fait, sachez qu’un disque dur peut contenir le contenu d’un cerveau humain et que stocker les cerveaux de tous les hommes ne pose plus de problème de place… Interview du docteur Jean-Pierre Dickès.

Lu dans Fideliter :

Faut-il croire à « la fin de l’espèce humaine » ?

– Le titre du livre que vous venez de faire paraître récemment aux Éditions de Chiré semble prétentieux. N’est-il pas également un peu provocateur ?

Il y a dix années exactement, je faisais paraître un ouvrage intitulé L’homme artificiel. La couverture représentait un humanoïde vu d’un peu loin et dont l’ombre menaçante se projetait sur une fleur poussant entre les pavés d’une rue sans maisons. Celle-ci représentait la nature, l’ordre naturel. Quel était cet être ? Un robot doué d’intelligence humaine ou un humain dont le cerveau avait été numérisé et remplacé par des données informatiques ? Dans l’un ou l’autre cas il est évident que nous n’avions plus affaire à un homme de chair et de sang comme Dieu l’avait créé, mais à un cyborg, mélange de l’humain avec la machine.
Cet ouvrage était un lanceur d’alerte. Mais Cassandre n’est jamais écoutée. Cet avertissement était considéré au mieux comme une hypothèse de science-fiction ; au pire j’étais devenu fou. L’année suivante s’ouvrait l’université des transhumanistes. Quatre ans plus tard, je faisais paraître L’Ultime Trangression réédité deux fois après sa parution : la numérisation du cerveau par l’IRM s’affinait chaque jour dans tous les domaines, permettant de développer une intelligence artificielle. Cette transgression consistait tout simplement à mettre le contenu numérisé de l’encéphale sur un disque dur. Or en 2014, Stephen Hawking, considéré comme le plus grand savant de notre époque — découverte des trous noirs du ciel — a fait la déclaration suivante : « Réussir à créer une intelligence artificielle complète serait le plus grand événement dans l’histoire de l’homme. Mais ce pourrait aussi être le dernier. » Ce grand savant rejoignait mon point de vue. L’intelligence humaine pouvait tout à fait être transposée sur un disque dur; ou bien les informaticiens réussissaient à mettre au point un cerveau artificiel en se passant de « l’écorce humaine ». Alors ? L’espèce humaine sera-t-elle disparue ? Certes pas; mais l’homme en revanche subsisterait sous une autre forme. Comment est-ce possible ? Sans faire de prophéties, tout simplement il me fallait analyser les découvertes récentes dans la presse spécialisée internationale ; ce qu’il y avait par ailleurs lieu de faire pour rédiger les Cahiers Saint Raphaël.

– Comment une simple couverture de livre pouvait-elle vous arriver à penser cela ? Robot-humain ou Homme-robotisé ? N’était-ce pas des thèmes de science-fiction un peu éculés ?

Nous entrons dans la réalité de plain-pied. Deux exemples. Il existe un projet informatique ouvert à tous sur le ver; c’est l’open worm project. Il s’agit d’un Lego dans lequel a été transféré le cerveau d’un vermisseau invertébré du nom de Caenorhabditis Elegans, dont d’ailleurs le génome est proche de celui de l’homme. Cet objet, en partie animal, se déplace et réagit comme ce nématode dans la nature, exception faite de la reproduction (car à ce jour un Lego ne s’est jamais reproduit). De même il a été possible de prendre un cafard et de lui implanter un cerveau informatique dirigé à distance et permettant par exemple de retrouver des humains pris dans l’écrasement de leur maison et de donner des renseignements passant par le Web. Il va de soi que ces réalisations seront un jour effectuées sur un humain ou sur des robots. Le cinéaste Steven Spielberg (E.T., Intelligence Artificielle, Jurassic Park etc.) est allé dans la Silicon Valley pour trouver des trucages pour ses films. Il a rencontré des ingénieurs transhumanistes qui lui ont expliqué vouloir greffer Google dans la tête de leurs contemporains.

– Mais qui a de telles prétentions ? Et quel est le but recherché ?

Un courant de pensée s’est développé à partir de simples données appartenant à la science-fiction. Le transhumanisme a véritablement infesté l’esprit de la plupart des scientifiques, notamment de la Silicon Valley (Californie) : ce courant de pensée prétend arriver à une humanité nouvelle qui dépassera celle dans laquelle nous sommes actuellement. Dieu fait homme sera remplacé par l’homme fait Dieu. Comme d’habitude, peu de gens ont vu venir le coup. Les transhumanistes affirment désormais que les progrès scientifiques, les NBIC — nano-technologie, biotechnologie, informatique et sciences cognitives incluant la connaissance du cerveau et la robotique allaient faire progresser l’espérance de vie de manière fantastique. Celle-ci progresse de trois mois par an pour chacun d’entre nous. De fait a été lancée la formule célèbre : « Hier est né l’enfant qui vivra mille ans. » Mais alors, la planète deviendra une gigantesque maison de retraite dans laquelle les gens se marcheront sur les pieds. La seule solution sera de numériser leurs cerveaux et de les installer sur un disque dur; la taille des microprocesseurs étant réduite de moitié chaque année à coût constant selon la loi de Moore. Un jour l’humanité sera réduite à des ordinateurs miniaturisés référés dans des ordinateurs géants. Ce que j’écrivais il y a dix ans se trouvait décrété par les transhumanistes. Les hommes politiques, et le Vatican lui-même, ont complètement décroché sur le sujet ; chacun ayant ses propres raisons ou ses incompétences.

– En pratique, où nous mènent les transhumanistes?

Ceux-ci ont installé à la Silicon Valley la Singularity University s’impliquant dans toutes les technologies. Une antenne avec un cycle d’enseignement devrait bientôt s’installer aussi à Paris. Il est posé qu’un jour la machine informatique dépassera par son intelligence l’homme lui-même : c’est le point dit de la Singularité. Les transhumanistes travaillent et promettent à l’homme non seulement une prolongation de la vie, mais même l’éternité pour tous. Or, les tenants de cette idéologie sont des loups déguisés en agneaux ; sous couvert de philanthropie, ils appellent de leurs vœux une nouvelle société et une nouvelle humanité. Il ne faut pas s’y tromper. Il s’agit bien d’une idéologie visant à détruire l’ordre naturel et prendre la place de Dieu. C ‘est le God Syndrom des savants américains. Mais à la différence des idéologies comme celles des docteurs Joseph Ignace Guillotin, Nicolas Chambon et Jean-Paul Marat sous la Révolution française, le marxisme ou le nazisme, en revanche le transhumanisme s’impose aux peuples, sans noyer les populations dans des fleuves de sang. Il s’agit bien de construire un « homme nouveau » en passant par la destruction du passé et de ses valeurs.

– Concrètement, à quoi ces savants en sont-ils actuellement ?

Les choses avancent de manière fulgurante et exponentielle au sein des labos dans les disciplines citées plus haut. La force de frappe est « l’intelligence artificielle» (I.A.) qui est colossale. De quoi s’agit-il ? Prenons l’exemple de l’élection de Trump. Celui-ci avait contre lui le monde de la finance, des artistes, du show-biz, des scientifiques, de la totalité des médias (y compris français), et même d’une grande partie des partis politiques. La totalité des 368 sondages effectués étaient toujours favorables à Hillary Clinton. Or, le système d’intelligence artificielle MogIA a été développé par un hindou du nom de Sanjiv Rai, fondateur de la start-up Genic.ai. Créé il y a 12 ans, il ne s’est jamais trompé et a toujours prévu aux États-Unis le vainqueur des élections présidentielles et des primaires tant chez les démocrates que chez les républicains. Seul contre tous il avait prévu, 15 jours avant, l’élection de Trump. Comment expliquer ce « miracle » ? Il a rassemblé et trié dans le Big Data, 20 millions de données venant des réseaux sociaux, des conversations particulières, des petits médias. Par les algorithmes, il est arrivé à la certitude qu’ il y avait un « pays réel » en train de se révolter contre le système, car il n’avait plus la parole depuis des décennies.

– Comment ceci est-il possible ?

Tous les « objets connectés » le sont au Big Data, qui rassemble tout ce qui est passé par Internet dans le monde entier. Cela va de nos pointages sur l’autoroute à nos correspondances électroniques, nos achats, tout ce qui a été écrit sur les réseaux sociaux. L’acteur est principal est Google qui a rassemblé une masse de données colossales sur chacun d’entre nous. Mais celles-ci sont dispersées dans le temps. Google a racheté deux programmes, Deep Learning ou « connaissance en profondeur » (450 millions de dollars américains) et Deep Mind ou « l’esprit en profondeur » (650 millions). Le premier est plutôt orienté vers les images, notamment de la reconnaissance faciale, le second sur les données écrites. En pratique qu’est-ce que cela donne ? Une personne est atteinte d’une maladie leucémique rarissime. Toutes les publications sur celle-ci sont rassemblées et analysées par Deep Mind : il en ressort un traitement qui la guérit. Il aurait fallu une vie entière d’un chercheur pour réaliser un tel exploit en compulsant toute la littérature médicale sur ce sujet précis. De plus ont été développés des algorithmes qui sont la projection du passé vers le futur. Ils ont permis de représenter avec exactitude l’ image de l’homme de Cro-Magnon ou d’Henri IV à partir de l’ADN. Mais ceci représente un danger terrifiant pour les libertés. À partir de nos données personnelles, il est possible de déterminer notre comportement, d’éventuelles tendances malsaines ou une nature charitable. Google nous connaît mieux que nous-mêmes ; il est devenu à ce jour avec ses multiples filiales le consortium le plus grand et riche au monde.

– Pensez-vous que globalement la science va dans la direction donnée par les transhumanistes ?

Oui, bien sûr ! Google depuis son origine a investi dans 158 domaines scientifiques. Par exemple, il a racheté l’an dernier les 18 meilleures entreprises mettant au point des robots. Personne n’a vu venir le coup. Il a une filiale médicale appelée Calico (California Lei’ Company) dont le siège est secret. Celle-ci investit de tous côtés pour combattre la vieillesse et « pour tuer la mort ». Google vient de mettre à la tête de toutes ses recherches un dénommé Ray Kurzweil, fondateur du courant transhumaniste. Ce dernier a notamment affirmé que la génétique va bientôt lui permettre de ressusciter son propre père.

– Ne pensez-vous pas que les transhumanistes rêvent debout ?

Nous constatons une progression fulgurante des sciences dans le domaine de la connaissance humaine. La poignée d’humains qui n’est pas encore abrutie par le politiquement correct, la télévision, le sport, le formatage médiatique, doit se réveiller. La biologie nous promet recto-genèse (développement des enfants hors du sein maternel) dans peu de temps. Les fameuses cellules-souches totipotentes de Yamanaka (prix Nobel 2012) sont extraites de la peau : elles vont progressivement être capables de réparer tous nos organes. Tout récemment ont été découverts les facteurs génétiques permettant d’éviter les rejets d’une personne à une autre (histocompatibilité) des cellules-souches de Yamanaka. La synthèse des gamètes (ovules et spermatozoïdes) est désormais effectuée en laboratoires (Michinori Kaïto au Japon, Kalistem en France). Les fameuses chaînes d’ADN des chromosomes peuvent être modifiées facilement par une sorte de couteau génétique, appelé CRISP-Cas9, découvert à l’université d’Umeâ en Suède par la française Emmanuelle Charpentier. Il permettra de modifier les génomes à volonté, voire d’élaborer des mutants et des hybrides hommes-animaux. De nouveaux microbes ont été synthétisés et on ne sait pas quels seront leurs impacts sur l’écosystème. Quatre projets au monde visent à développer un cerveau informatique entièrement artificiel. Le plus connu et avancé est Human Brain Project (Lausanne et Genève) visant à réaliser un cerveau artificiel dont la compétence sera augmentée et deviendra surhumaine ; probablement le futur maître du monde. En attendant, la connaissance du cerveau permet par des implants de microprocesseurs la stimulation des zones déficientes (maladies de Parkinson, dépressions et tristesse chroniques etc.). 40 000 dispositifs de cette nature ont déjà été posés en France. Ils peuvent commander par la pensée des membres artificiels remplaçant ceux qui ont été détruits par les guerres. Progressivement, ces dispositifs informatisés viendront s’implanter pour augmenter notre force physique ou intellectuelle. Nous passerons ainsi de « l’homme réparé » dit H à « l’homme augmenté » H+ que prétendent réaliser les transhumanistes ; de même ce sera possible grâce à la génétique par modification du génome et des chaînes d’ADN. L’eugénisme théoriquement interdit battra son plein et transformera les hommes en mutants.
Quant à la robotique, elle va modifier radicalement notre mode de vie ; l’arrivée sur le marché de robots de plus en plus sophistiqués pouvant remplacer les humains porte en germe la destruction de millions d’emplois dans tous les services. Sans parler des armes nouvelles robotisées.
Bref nous sommes à l’époque des apprentis sorciers qui se laissent emporter par un soi-disant progrès. Au mieux l’intelligence artificielle gouvernerait le monde sous forme d’un cerveau synthétique. Au pire elle nous serait implantée sous forme d’ordinateurs, ce que dénonce Hawking. Dans tous les cas ce serait la fin de l’espèce humaine.

– Comment voyez-vous l’avenir?

Il y a chez les transhumanistes un côté baba-cool quand ils laissent croire à l’immortalité. Celle-ci est très improbable. De plus la conscience et a fortiori l’âme humaine restent inatteignables. En revanche, il y a certainement une volonté de soumettre l’humanité à un Nouvel ordre mondial au travers de la science. Face à cela les politiques dont les motivations sont la recherche des honneurs et l’argent, les obligent à ne penser qu’à leur réélection. Ils n’ont aucune vue stratégique même à court terme. Les religieux honnêtes, débordés par l’apostolat du spirituel, sont dans le domaine des idées réduits à être des scribes accroupis compulsant les livres saints. La foi sans les œuvres est morte, répète saint Jacques. Quant aux dirigeants de l’Église, dans le domaine des progrès scientifiques leur électroencéphalogramme est quasiment plat. En revanche un nombre croissant de scientifiques très minoritaires commence à se poser des questions sur la finalité de ces techniques. Ils font par exemple remarquer que tout dispositif informatique peut être piraté par d’autres dispositifs informatiques : cela a été le cas pour les ordinateurs de la NASA, du Pentagone, de toute une partie de l’Amérique le 22 octobre, de 80 hôpitaux en France, des blogs et sites informatiques et même des seringues auto-pulsées envoyant des médicaments dans les veines ; la plupart du temps par des « amateurs ». Il y a là une véritable Tour de Babel pouvant s’effondrer en quelque temps. Mais de toute manière, une chose est certaine: Dieu y mettra bon ordre pour que triomphe le cœur immaculé de Marie.

Fideliter, n°235,janvier-février 2017

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