Pays-Bas. Un pays où la prostitution est légale et où un parti pédophile vient d’être accepté par la justice. C’est dans ce pays qu’essaie de percer une branche apparemment conservatrice ou du moins patriote. Explication par nos confrères de Minute.

Après le Brexit et Trump, tous les regards se tournent vers les Pays-Bas

Le 15 mars prochain, les Néerlandais se rendront aux urnes. C’est peu dire que ce scrutin législatif sera scruté par toute l’Europe.

Après le Brexit, après l’Autriche où le coup passa si près, après l’élection de Trump — et après la présidentielle française —, quel sera le score de Geert Wilders, le leader « populiste », en tête dans les sondages ?

Les élections législatives néer­landaises de mars 2017 sont comme un condensé de ce qui se passe dans de nombreux pays européens. Qui l’eût cru ? Pays boy-scout par excellence, où l’on cherche si sincèrement à avoir un com­portement « social » en acceptant avec tolérance le prochain quel qu’il soit, les Pays-Bas ont eu une overdose d’immi­gration alors que plus de 16 millions de personnes s’y entassent dans un ter­ritoire grand comme la Bretagne, qui s’offre en outre le luxe d’être un des premiers producteurs agricoles au monde.

Le PVV domine le discours politique

La question des migrations est au cœur des débats. Et la prime électorale ira, on le sait, malgré l’annonce récente d’une légère baisse dans les sondages, au PVV de Geert Wilders, qui consti­tue la plus importante formation poli­tique aux Pays-Bas tant pour les inten­tions de vote que pour le nombre de sièges auquel il peut prétendre : envi­ron un cinquième du total.

Cela reste très loin d’une majorité vu que les 75 à 80 % restants ne s’ali­gnent pas sur le discours anti-islamique et anti-migration du sémillant Wilders. C’est ainsi du moins que la presse néer­landaise présente les choses. L’homme de la rue aux Pays-Bas tient aujourd’hui un discours inimaginable de franchise il y a seulement dix ans. C’est en ce sens que le PVV domine le discours politi­que et les esprits. Le politiquement cor­rect n’est pas mort aux Pays-Bas mais il n’a plus les moyens de ses préten­tions.

Un exemple d’« insécurité culturelle »

Il faut dire que sur le plan écono­mique, les choses ne vont pas si mal. Avec une croissance qui dépasse offi­ciellement les 2 % et un chômage – offi­ciellement là encore – en deçà des 5,5 %, on pourrait croire à l’absence de motifs d’insatisfaction. Cependant, les Néer­landais en ont assez de voir le fruit de leurs (lourds) impôts, taxes routières et droits de succession financer une poli­tique d’immigration et d’aide au tiers-monde généreuse. Et ils ont subi de plein fouet le flot de migrants en 2015, venu aggraver l’insécurité des centre-ville.

Comme cela va de pair avec d’im­portantes coupes dans les retraites, les remboursements de soins et l’aide aux plus âgés, et le sentiment de ne plus être chez soi mais dans une Europe aux frontières largement ouvertes, le ras-le-bol s’est bel et bien installé. Et ce d’au­tant qu’on n’hésite pas à souligner que les migrants sont relativement moins nombreux à travailler et davantage à vivre des aides publiques que les autochtones.

Le parti de Wilders est en phase avec ces sentiments, si bien que ses voi­sins les plus directs et même les libé­raux du VVD ont recours à un langage de plus en plus vigoureux face à l’im­migration, ne voyant pas d’autre solu­tion que de chasser sur ses terres, sans pour autant envisager la moindre al­liance à l’heure de gouverner. Un peu comme Sarkozy par rapport au Front national en 2007… Mais à côté de la question de l’identité et de l’immigra­tion, celle des charges et des impôts fait partie des premières motivations de ses électeurs.

Les Pays-Bas aux Néerlandais !

La campagne du VVD a démarré sur les chapeaux de roue dans son fief il y a quelques jours : c’est à la petite ville de Spijkenisse que Wilders a ré­servé samedi ses premières déclara­tions sur des élections qu’il annonce « historiques ».

Il peut espérer surfer sur la vague Donald Trump que d’aucuns présentent comme « l’éléphant dans la pièce » dont il rappelle le langage direct et les appels à reprendre le pouvoir : « Les Pays-Bas aux Néerlandais ! »

Interpellé au cours de son bain de foule par la presse britannique, Wilders a lancé : « Il y a encore trop de racailles marocaines dans le pays. » Pas tous les Marocains bien sûr. « Mais ce sont sur­tout les jeunes qui menacent la sécurité de nos rues. Il faut que ça s’arrête ! » Le moins que l’on puisse dire, c’est que face au « cartel » des grands partis traditionnels – VVD, chrétiens-démo­crates, les centre-gauche de D66, les tra­vaillistes PvdA et les « Groenlinks » (verts-gauche) – qui peuvent peu ou prou prétendre fabriquer la prochaine alliance qui gouvernera les Pays-Bas, Wilders et son Parti de la liberté tran­chent.

De là à savoir s’il brisera le plafond de verre qui le maintient à l’écart des autres, c’est toute la question.

Jeanne Smits

Minute, 22 février 2017

 

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