L’or, « valeur refuge » : entretien avec Philippe Herlin

Philippe Herlin est économiste et essayiste, docteur en économie du Conservatoire des Arts et Métiers. Il a écrit plusieurs livres sur la crise financière, la dette, la monnaie, l’ubérisation des banques, le bitcoin et l’or. Parmi eux, nous notons Repenser l’économie (paru en 2012) et France, la faillite ? (2010). Son site : philippeherlin.com.

Son plus grand succès est L’Or, un placement d’avenir publié en 2012 (Editions Eyrolles) puis sans cesse réimprimé, puisqu’un 5e tirage a été effectué en 2016. Une deuxième édition, actualisée et enrichie, vient de paraître, le 19 janvier 2017. C’est sur ce thème que nous avons voulu l’interroger et qu’il a très aimablement répondu à notre sollicitation.

L'or, « valeur refuge » : entretien avec Philippe Herlin
Philippe Herlin

Lectures Françaises : Pourquoi l’or est-il regardé comme « la » monnaie de référence ?

Philippe Herlin: Parce qu’il a toujours été ainsi, depuis les premières civilisations jusqu’à notre époque, très exactement le 15 août 1971, date à laquelle le président Richard Nixon déconnecte le dollar de l’or et signe la fin des accords de Bretton Woods. Depuis les monnaies flottent, ce sont des « monnaies-papier » qui ont perdu leur ancrage physique. Nous sommes passés de l’autre côté du miroir, où la monnaie peut être créée à l’infini, par la dette et la planche à billets, mais tout ceci aura une fin.

Lectures Françaises : Vous présentez l’or comme un placement d’avenir. Pourquoi et comment ?

Ph. H. : Face à des monnaies artificielles comme l’euro, qui font tourner la planche à billets (80 milliards par mois pour la BCE), et qui subissent les taux zéro, une sorte de cancer de la monnaie, il est impératif de placer une partie de son épargne en or. Par ailleurs, les États ont mis en place les moyens juridiques afin de bloquer l’assurance-vie (loi Sapin 2) et de ponctionner les comptes bancaires (directive BRRD), j’en parle dans le livre. Dans ce cadre, l’or constitue une vraie sécurité.

L. F. : Vous estimez qu’il est la valeur refuge par excellence. N’y en a-t-il vraiment aucune autre que celle-ci ?

Ph. H. : En cas de crise financière, les actifs réels constituent une sécurité (immobilier, œuvres d’art, voitures de collection, etc.), mais le plus simple à acheter, à vendre et à gérer est l’or.

L. F. : Pouvez-vous résumer l’histoire récente de l’or et quelles sont ses perspectives d’avenir ?

Ph. H. : Après avoir presque atteint les 2000 dollars l’once en août 2011, le cours a reflué. Les banques centrales ont repris les choses en main, enfin disons surtout qu’elles sont parvenues à le faire croire. Mais cette reprise en main se fait à coup de planche à billets et de taux zéro, une situation intenable à terme. On peut donc être optimiste sur les perspectives d’avenir.

L. F. : Pensez-vous que ce métal puisse tenir un rôle monétaire ?

Ph. H. : Je défends l’idée que l’or puisse devenir une monnaie complémentaire, que ceux qui le souhaitent puissent l’utiliser dans leurs transactions. Revenir à l’étalon-or strict (comme au XIXe siècle) constitue une réforme considérable, commençons par des petits pas.

L. F. : Pourquoi les États n’aiment-ils pas l’or ?

Ph. H. : Les États et les banques centrales n’aiment pas l’or parce qu’il révèle leur incurie sur le plan monétaire. En déconnectant le dollar de l’or en 1971, les autorités étaient persuadées que l’or deviendrait une simple matière première parmi d’autres. Or il n’en a rien été, il a continué à être thésaurisé, et son cours d’alors (35 dollar l’once) a explosé !

L. F. : Pour conseiller ceux de nos lecteurs que vous êtes en train de convaincre, comment faut-il procéder pour acquérir de l’or ?

Ph. H. : Le sujet est vaste et serait trop long, même à résumer ici. Toutes les réponses et précisions figurent dans la dernière partie de mon ouvrage consacrée à ces aspects pratiques (où acheter, fiscalité, etc.)

L. F. : Le commun des mortels considère que le cours de l’or est trop cher. Qu’en dites-vous ?

Ph. H. : Tout est relatif. En 1971, l’once d’or valait 35 dollars, puis à 70 dollars de nombreuses personnes ont dû trouver ce cours trop élevé. Aujourd’hui nous sommes à plus de 1000 dollars ! L’or est bon marché car il est manipulé à la baisse par les banques centrales, je l’explique dans mon livre.

L. F. : Notre dernière question porte sur un sujet inattendu. Vous, le spécialiste de l’économie et de la finance, avez, tout dernièrement (en septembre 2016) publié un essai dont le contenu est à cent lieues de vos préoccupations habituelles, puisqu’il s’agit de l’islam auquel vous avez donné un curieux titre : « J’étais pas au courant qu’c’était des terroristes ! » Jawad, l’islam et les attentats du 13 novembre (Les Éditions de Paris Max Chaleil). Pourquoi vous êtes-vous penché sur ce drame ? Et pouvez-vous en expliciter l’intitulé ?

Ph. H. : Un économiste ne doit pas avoir d’œillères et je m’intéresse à l’islam depuis des années. Comment ne pas s’y intéresser d’ailleurs ? J’ai eu envie d’écrire un livre après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, d’analyser le phénomène islamiste et terroriste et d’y apporter une réponse définitive qui passe, selon moi, par l’expulsion des islamistes vivant en France, c’est à dire, grosso modo, la moitié des musulmans présents en France, j’explique d’où vient ce chiffre. Sinon ce sera la guerre civile.

Propos recueillis par Jérôme SEGUIN

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