Ceux qui s’abstiennent

Lors de la campagne, seules quelques gazettes avaient soulevé à nouveau la question principale de la règle du jeu, celle des inscriptions sur les listes électorales et son corollaire, celle des abstentions.

Les chiffres sont connus : en mars 2015, il y avait, selon l’INSEE, 44,6 millions d’inscrits sur les listes électorales. Selon des élus de gauche, Socialistes, Parti de gauche… qui feignent de défendre la notion de souveraineté du peuple, leurs insuffisances urnatoires seraient curables avec des consultations plus larges. Il y aurait, disent-ils, 7 millions de gens non-inscrits ou mal-inscrits.

Haro sur les abstentionnistes ! Voyons de plus près : en réalité, selon un rapport parlementaire de décembre 2014 sur ce sujet, il y en aurait 9,5 millions : 3 millions de non-inscrits et 6,5 millions de mal-inscrits. Beaucoup seraient des non-diplômés et des Français nés à l’étranger. Un tiers des Français par naturalisations, seraient absents des listes électorales. Soit des étudiants inscrits chez leurs parents, des jeunes – ou moins jeunes – actifs mutés. On constate en effet un grand nombre de changements d’habitats. Les Français sont de plus en plus mobiles. Sans parler des citoyens écœurés par les décisions des gouvernements de gauche et de la « droite » molle. Ni compter les allergiques aux comptages démocratiques.

Le cas fréquent est celui dit des « mal-inscrits » : sans être radiés du bureau de vote de leur ancienne adresse, ils ne se sont pas réinscrits sur les listes électorales de leurs nouveaux quartiers. Joue aussi qu’en France, l’inscription procède d’une « démarche volontaire » des électeurs. Dans certains pays européens, le vote est parfois obligatoire sous peine d’amende ; Suisse, Belgique, Luxembourg… Dans d’autres – Allemagne, Autriche, Espagne – sont obligatoires les déclarations domiciliaires, ce qui entraîne une mise à jour automatique des listes électorales.

Durant plusieurs semaines, le gouvernement français a fait une campagne de communication pour inciter les personnes à s’inscrire – y compris en ligne – avant le 31 décembre 2016 pour participer aux élections de 2017 : la présidentielle en avril-mai et les législatives en juin. En juillet dernier, les parlementaires ont réformé les modalités d’inscriptions en repoussant la date limite jusqu’à 30 jours avant le vote. Elles ne seront concrètement appliquées qu’aux municipales de 2020.

Ces aménagements cosmétiques ne changeront pas l’essentiel. Le système représentatif est bien devenu en France « une fiction qui, pour choquante qu’elle soit… a fait place à une profonde indifférence » (Patrick Buisson, in La Cause du peuple). On a constaté dans maintes élections, durant les deux derniers quinquennats, des abstentions situées entre 40 et 50 % des inscrits. Même en comptant large, il faut bien rappeler que les députés ont été élus en moyenne par moins d’un électeur sur cinq. Comment s’étonner que les cuisines « républicaines » permettant aux adeptes de la pensée unique de se partager le pouvoir, aient fortement renforcé le dégoût des Français.

Jacques DE KREMER

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