Contorsions sémantiques et bobards

Peu à peu tous les gens de bon sens conviennent de la nécessité de nommer les choses, les hommes, les faits. Cela est loin d’être la règle générale, en particulier chez ceux dont c’est le métier, à savoir les journalistes.

Il ne faudrait pas, pour autant, dédouaner les politiciens. Ils alimentent largement la presse de leurs formules faussement consensuelles. Prenons deux perles dues à des ministres. Après les attentats de janvier 2015, Bernard Cazeneuve, alors à l’Intérieur, nia avec force que des terroristes pouvaient se glisser dans les convois de migrants. La ritournelle fut reprise par la grosse presse : « fantasme de l’infiltration terroriste »… inventé par l’extrême droite. Alors que les services de renseignements parlaient de plus de 5 000 djihadistes… Il fallut attendre les assassinats du Bataclan pour que, face aux preuves des enquêtes, les journaux se ravisassent. Alain Juppé, qui voulait éliminer Bachar, affirma qu’il avait rencontré des Frères musulmans ayant une vision de l’islam libéral ! La presse en fit son régal. Laurent Fabius le remplaça au Quai d’Orsay et déclara péremptoirement que « Al-Nosra fait du bon boulot ! »

Or Al-Nosra est une des branches d’Al-Qaïda. Il fut formé par des membres de l’État islamique d’Irak, il pratique le terrorisme, les attentats, la guérilla, la prise d’otages… Il a pris le nom de Front Fatah al-Cham. Début janvier, l’armée française, qui ne semble pas apprécier le « bon boulot » de ces terroristes, en a éliminé une bonne vingtaine.

Pour avoir un aperçu complet des sottises criminelles de nos dirigeants sur l’islam et les terroristes islamiques, on trouvera les réponses dans le dernier ouvrage de Philippe de Villiers, Les Cloches sonneront-elles encore demain ? Outre un style limpide et une présentation précise des réalités de l’islam, l’auteur cite les bobards et déviations dangereuses de nos politiciens tentés par la « soumission » dans des buts honteusement électoraux. Avec élégance, il leur met le nez dedans. Rien que pour le très bel hymne poétique et plein de sève à la France, à ses grandeurs et épreuves et à nos églises, cet ouvrage doit être lu par toutes les familles.

Ce contournement du réel a vite été compris comme une volonté délibérée de donner des éclairages idéologiques. Ce qui a eu pour conséquence, ces dernières années, le développement des sites de « réinformation », de « contre-culture », bien représentés dans ce que nos ennemis appellent la « fachosphère ». Il fallut plusieurs attentats revendiqués pour que fût dénoncée la barbarie islamique.

Ce souci d’honnêteté à l’égard du français a été illustré, au XXe siècle, par des critiques et des écrivains de grande rigueur. Je pense, par exemple, à André Thérive qui a livré le bon combat toute sa vie. Parmi ses interventions, nous n’avons pas oublié ses élégantes rectifications du charabia teilhardien dans Écrits de Paris. De nos jours, les à-peu-près et autres contresens sont légion. Ce qui a poussé une jeune agrégée de lettres modernes, docteur de l’université, spécialiste de grammaire, rhétorique et stylistique, et mère de famille, Mme Ingrid Riocreux, à publier un ouvrage sur les « orientations partisanes » des journaleux : La Lan­gue des médias. Destruction du langage et fabrication du consentement (Éditions de l’Artilleur/Toucan). Elle publie aussi des articles sur le site Causeur.

Elle a immédiatement saisi les prises de position politiques derrière les expressions. Il y a, en effet, bien du travail de rectification dès qu’il est question d’immigration, racisme, Manif Pour Tous, Ukraine, islam… Elle dénonce le rôle des journalistes qui remplissent avec zèle le rôle de « gardiens du code ». Ainsi pour Alep. Alors que durant des mois les « rebelles » (au gouvernement) étaient des « gentils », les journalistes ont bien été obligés, plus ou moins clairement, de reconnaître que les rebelles se servaient de civils comme « boucliers humains » et qu’ils menaçaient d’exécuter les civils qui « tenteraient de quitter la ville en passant par les couloirs humanitaires ».  Même à la télévision, ont été diffusés des reportages s’éloignant de la version officielle ! Ce qui a entraîné des critiques de L’Express et du Monde… et un succès sur les réseaux sociaux.

Le discours officiel est connu : il annonce que le conflit syrien a fait 300 000 morts… en oubliant de préciser que plus d’un tiers d’entre eux étaient des soldats du régime. Il prend parti pour les « rebelles »… Mais, avec le succès militaire du régime (et des Russes), le ton a changé. Pas encore au point de poser les bonnes questions : « qui sont vraiment les rebelles syriens » ? Mais, sur France info, on a entendu que les media occidentaux avaient beaucoup « gonflé les choses… en parlant de 250 000 habitants », alors qu’il faut plutôt envisager moins de 100 000… Et il y a toujours le « montage » (le bien nommé) : J.-D. Giuliani, président de la Fondation Schuman, peu suspect de mal penser, avait critiqué « la diplomatie droits-de-l’hommiste de l’Europe dans la crise syrienne ». Le résumé qui fut donné ensuite se contentait de remettre en cause « une diplomatie de communication plus que d’action ». A l’issue de la bataille, il fut délicat de qualifier ce qui ressemblait à un succès : on eut à gauche des « Alep tombée » ou même « Alep libérée », et, ici ou là, des « Alep reprise ».

Jacques DE KREMER

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1 commentaire

  1. Dans notre cher pays, une bande organisée fait office d’élite, et la presse lui apporte une vénération inconditionnelle. Jadis en URSS, c’était pareil.

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