Atypique Macron ? Pas tant que ça. On connaît ce qu’il advient souvent des étoiles montantes des périodes pré-électorales. Ascension fulgurante signifie souvent chute vertigineuse.

Lu dans Le Bulletin d’André Noël :

Le « phénomène Macron »

C’est un phénomène que l’on rencontre lors de presque toutes les élections présidentielles, celui du « troisième homme ». Venu de nulle part ou issu d’une formation modeste, il arrive à se tailler une place au bal des prétendants à l’Élysée. Du coup, les media se demandent si ce troisième homme ne pourrait pas devenir le deuxième et, si son ascension continue, le premier et finalement accéder à l’Élysée. Généralement, les sondages ou le verdict des urnes sonnent le glas de ses ambitions. Il y eut Chevènement en 2002, Bayrou en 2007, Mélenchon en 2012. Le seul qui ait franchi le seuil de l’Élysée, c’est Giscard. Issus d’un parti très minoritaire, les Républicains indépendants, les sondages furent très tôt flatteurs, les Français étant las, en 1974, de quinze ans de gaullo-pompidolisme. Jacques Chaban-Delmas, l’homme fort du parti gaulliste, étant en perdition, 43 dépu­tés gaullistes, sous la houlette de Jacques Chirac, rallièrent Valery Giscard d’Estaing.

C’est ce à quoi fait penser ce que certains appellent le « phénomène Macron ».

Bien sûr comparaison n’est pas raison, ne serait-ce que parce que la perspective d’un destin élyséen pour lui est encore chimérique et que son sort peut être celui d’un Chevènement, d’un Bayrou ou d’un Mélenchon. Sa cote de popularité a bondi et il a réussi à réunir 10.000 au­diteurs lors d’un meeting parisien tandis que Valls s’exprime dans des salles à moitié vides. Son programme, qui varie selon les temps, le lieu et les circonstances, est pourtant d’une affli­geante banalité, empruntant aux uns et aux autres : pour l’abro­gation des 35 heures un jour, pour leur maintien un autre. Décla­rant parfois que l’islam n’est pas un problème et, d’autres fois, qu’il nous pose un défi, etc.

Bien malin qui peut s’y retrouver. Aussi n’est-ce pas son pro­gramme, évanescent, qui peut séduire. Il semble plutôt bénéfi­cier de la lassitude des Français à l’égard de politiciens que l’on a trop vus. D’où les éliminations successives des Sarkozy, Juppé, Hollande et autres Duflot. Nul n’est à l’abri de ce mouvement de fond, pas même les Fillon ou Le Pen que Macron commence à inquiéter. Mais Macron n’est pas plus assuré d’échapper à la critique ! Il suffit que les media se tournent vers un candidat avec sympathie — ce qui est présente­ment le cas pour Macron — pour que l’opinion s’en détourne ! On l’a bien vu avec Bruno Le Maire qui s’y voyait déjà. N’était-il pas ce troisième homme, Fillon étant alors derrière lui, que les sondages avaient situé à 16% ? Pour finir à 2,4%, derrière NKM. Lui aussi jouait la nouveauté pour en finir avec les vieilles barbes, mais son slogan « le renouveau, c’est Bruno » a fait long feu. La jeunesse, même toute relative, n’est pas un argument électoral.

Macron n’est pas un perdreau de l’année mais, à part son pas­sage au ministère de l’économie, son rôle politique auprès du chef de l’Etat ne le mettait pas sur le devant de la scène médiatique. Sur le peu que l’on sait de son projet économique, il se situerait, dans ses grandes lignes, non pas en rupture avec Hollande mais dans la continuité. C’est pourquoi Hollande n’exclut pas de se prononcer pour Macron, tout comme son ex-concubine, Ségolène Royal, qui le soutient, en privé pour l’instant ; face à la pantalonnade des primaires de gauche où les sept nains orphelins rivalisant de promesses utopiques comme à l’époque des vieilles lunes communistes, nous ont pratiquement tous assurés, avant de nous endormir, que l’on pourrait vivre sans travailler lors du premier débat.

Le Bulletin d’André Noël, n°2500, 16-22 janvier 2017

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