Une arme est un moyen. Tout comme un marteau ou une binette, elle n’a rien de dangereux en elle-même (sauf bien sûr si vous conservez une vieille pétoire de 1770 encore chargée et qui risque…) En fait non. Même ça, ça n’est pas dangereux. Ce qui l’est en revanche, c’est la personne qui en fait mauvais usage. On aborde alors le sujet de la moralité. Vu le contexte actuel, ce qui est devenu immoral c’est de conserver une législation obsolète qui, elle, est dangereuse par nature, puisqu’elle prive le français du droit naturel de se défendre, entre l’appel au secours et l’arrivée des forces de l’ordre. Et ça peut être long…

Lu dans Valeurs actuelles :

Port d’armes: un tabou français

Face aux agressions qui se multiplient et après la vague d’attentats qui a frappé notre pays,de plus en plus de nos concitoyens se sont armés ou s’apprêtent à sauter le pas. État des lieux.

10 : C’est, officieusement, en millions, le nombre d’armes en circulation en France. Selon les chiffres officiels, seulement 4 millions sont détenues légalement.

armurerie-en-ligne-bombe-lacrymogene-gel-cs-25ml-gaz-cs-75mlOn me demande le plus souvent des armes pour se défendre: pistolet ou revolver. Mais je leur dis qu’ici, ce n’est pas les États-Unis ! Ils repartent bien souvent déçus avec une bombe lacrymogène au poivre… Cet armurier du centre de Paris, qui a pignon sur rue, a fini par s’habituer aux demandes de riverains souhaitant s’armer. Des sollicitations qui se sont faites de plus en plus pres­santes après les différents attentats qui ont touché la capitale, mais qui ne sont pas uniquement liées à ces drames. « J’ai de plus en plus de femmes qui me demandent des armes discrètes. Elles savent que, souvent, elles ne peuvent compter que sur elles-mêmes », explique de son côté un armurier lyonnais, qui souhaite rester anonyme.

Agressions, attentats, volonté d’as­surer sa propre sécurité ou celle de ses proches : les arguments — de bon sens — qui poussent les Français à s’armer ne manquent pas, dans un pays de moins en moins sûr où les forces de l’ordre sont sans cesse prises à partie. Cependant, à la différence des États-Unis où les armes sont en vente libre dans de nombreux États, la France a une législation extrême­ment stricte.

pistolet-kimar-mod-85-pinky-roseC’est le droit de chasse qui, dans notre pays, a permis la possession d’armes par des particuliers. Le port d’armes en France, d’ailleurs, était autorisé jusqu’en… 1939, date à laquelle un décret rigoureux, contexte histo­rique aidant, a été pris pour l’inter­dire. De nos jours, être porteur d’une arme de catégorie A (les armes de guerre) et B (armes à feu semi-auto­matiques, entre autres) hors de chez soi et sans autorisation préfectorale peut coûter cher : pas moins de cinq années de prison et 75 000 euros d’amende. Aujourd’hui, en France, le port d’armes est donc réservé aux poli­ciers, gendarmes, douaniers, à cer­tains agents de surveillance sous conditions et aux personnes exposées à des risques d’atteinte à leur vie, sous conditions spéciales du ministère de l’Intérieur.

Les clubs de tir enregistrent une hausse de leur fréquentation

matraque-electrique-shocker-pro-800-000-voltsLe problème est que, dans un pays où l’État n’arrive plus à prendre en charge la sécurité des citoyens, même si toute une culture de l’arme à feu reste à créer, l’idée du port d’une arme est appelée à faire doucement son chemin, aidée en cela par certaines associa­tions favorables au port d’armes. L’As­sociation pour le rétablissement du port d’arme citoyen (Arpac), créée en 2015, enregistre de plus en plus de demandes de la part de particuliers qui souhaitent se renseigner et s’ar­mer: « Les sollicitations sont nom­breuses. Nous avons beaucoup de demandes d’adhésion et des questions pratiques sur l’accès aux armes, […] les événements tragiques de ces der­niers mois ont propulsé la question de la sécurité, et donc du port d’armes, sur le devant de la scène. Le temps est venu d’avoir un vrai débat sur cette question, non biaisé, et de proposer des solutions, explique l’association, qui ajoute que les citoyens honnêtes se retrouvent aujourd’hui démunis : la loi ne désarme dans les rues que les gens qui la respectent. Or, l’arme à feu est un outil absolument irremplaçable pour la défense des personnes, notam­ment les plus vulnérables comme les femmes, les personnes âgées ou encore les handicapés. » On reste cependant loin de la très puissante National Rifle Association (NRA), l’association amé­ricaine qui défend bec et ongles le maintien du deuxième amendement de la Constitution des États-Unis, qui inscrit le port d’armes comme un droit fondateur du citoyen.

taser-m26c-firingEn France, les armuriers ne sont pas les seuls à voir de plus en plus de personnes inquiètes pour leur sécu­rité : les clubs de tir enregistrent des hausses de fréquentation sans précé­dent depuis 2015 et les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. « Au début, je ne voulais pas sauter le pas, explique Marie, 25 ans, habitante de la proche banlieue parisienne. Fina­lement, après plusieurs fois où j’ai eu peur dans les transports en commun, je me suis dit « pourquoi ne pas apprendre à tirer, après tout… » Par­fois, l’idée d’avoir une arme me tra­verse l’esprit. Mais je ne l’ai jamais dit à mes proches ou ma famille, de crainte qu’ils ne s’inquiètent ! » Un témoignage loin d’être isolé. « Au départ, les armes à feu, ce n’est pas du tout mon truc, avoue de son côté Stéphane. Comme beaucoup de tren­tenaires, je n’ai pas fait de service militaire. Mais je me suis dit qu’un jour ma survie, ou celle de proches, ou même d’inconnus, pourrait dépendre de ma capacité à me servir d’une arme. C’est comme les gestes de pre­miers secours, on se dit que ça pour­rait bien servir un jour… »

Un jour proche, un jour lointain, dans quel contexte, pour quelle raison ? Peu importe : ces témoignages, comme les pics de fréquentation des clubs de tir disent assez que, en France, s’ar­mer n’est plus seulement une idée défendue par une minorité mais que cela devient une réponse jugée per­tinente à un avenir qui ne sera pas forcément pacifique.

Le comité de rédaction de la Décla­ration des droits de l’homme et du citoyen, en 1789, avait rédigé cette phrase, qui devait initialement figu­rer dans le texte fondateur : « Aucun pays n’est plus paisible et n’offre une meilleure police que ceux où la nation est armée. » Une phrase finalement non retenue par le comité car, à l’époque, le port d’armes était dans les mœurs: lors de la Révolution, les Français ont bel et bien pris les armes ! La preuve par l’histoire que la nation ne s’en est pas toujours remise aux services de l’État. Elle a aussi su prendre ses res­ponsabilités.

Pierre Dumazeau

Valeurs actuelles, n° 4168 du 13 au 19 octobre 2016

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