Fiasco. Qu’en dire ? Simplement que le principe même du quinquennat, issu du suffrage universel ne peut, n’a jamais pu ni ne pourra jamais permettre à un homme seul, éphémère au commandement du pays, étant de bonne volonté et compétent, de faire quoique ce soit pour améliorer la situation dans ce pays. On ne fait de grandes réformes que sur du temps, et d’un parti à l’autre elles peuvent être annulées par l’idéologue du moment. Par-ailleurs, on n’a pas encore eu, depuis Pétain, un homme répondant un tant soi peu aux prérogatives privées et publiques énoncées plus haut… La société ne produit que ce qu’elle est.

Lu dans Présent :

UNE FOIS DE PLUS, le « ça va mieux » du président Hollande est battu en brèche par les faits. Nous savons à présent que la croissance du Produit Intérieur Brut de 2016 sera à peu près identique à celle de 2015. On parle de 1,3 %, quand les socialistes nous annonçaient un chiffre beaucoup plus près de 2 %.

Le profane peut se dire que 2 % ou 1,3 %, c’est l’épaisseur du trait. Ne croyez pas cela. Il y a des règles économiques parfaite­ment connues et vérifiées qui nous indiquent que les créations d’emplois nécessitent une croissance se situant au moins autour de 2 %, mais qu’au-dessous de 1,5 %, ce sont au contraire les destructions d’emplois qui continuent.

Oui notre pays, avec ses 10 % de chômeurs, qui nous ont fait largement décrocher de la moyenne des grands pays industriali­sés, va continuer à créer du chômage.

1000-chomeursCela, c’est une vraie surprise, car malgré l’accumulation des erreurs sous Hollande, on pouvait supposer que la fin du man­dat Hollande tirerait parti d’une conjoncture mondiale favo­rable : pas d’inflation, taux d’intérêt à zéro ou presque, records de baisse du prix des carburants (ce qui aurait dû avoir un effet positif mécanique sur notre compétitivité, nos exportations, notre consommation intérieure, notre balance commerciale), et surtout reprise générale et mondiale. C’était la fameuse conjonction positive des astres.

Eh bien non, la France de Hollande n’aura même pas la pos­sibilité de goûter à cela. Elle est désormais solidement arrimée aux économies en déshérence de l’Europe du sud, et ne s’en sor­tira pas, à court ou moyen terme. Du jamais vu depuis… la dé­faite de 1940, peut-être ? Pourquoi cet ultime ratage, ce fiasco incroyable sur un terrain où le hollandisme paraissait pourtant avoir pleinement rejoint — depuis deux à trois ans — la droite du business et des affaires ?

Un parfait décalage avec ce qu’il fallait faire

Quand on analyse avec un peu de recul les presque cinq an­nées de socialisme que nous venons de vivre, force est de constater que, sur le terrain économique, le gouvernement a constamment agi en parfait décalage avec ce qu’il fallait faire, au moment où il fallait le faire. Il ne s’agit pas de dire que tout ce qu’a fait Hollande, sur ce plan, était mauvais (encore que…), mais ce qui est certain, c’est qu’aucune des mesures, des lois nouvelles, des discours même, n’ont correspondu aux situations précises du moment où ces lois, ces mesures, sont intervenues, au moment où ces mots ont été prononcés. Ainsi le fameux choc fiscal de 2012 et 2013, pour maintenir à haut volume l’administration française, les emplois de fonc­tionnaires, l’appareil d’État, a été l’exact contraire de la poli­tique suivie dans tous les autres pays du monde et de ce qu’il fal­lait faire à ce moment-là.

De même, nous commençons seulement à prendre conscience du niveau trop élevé de l’euro, qui plombe nos ex­portations, dans une économie plus mondialisée que jamais. Alors que l’Angleterre a déjà tourné la page, et que les grands pays de la zone euro (sauf la France) se sont réorientés vers la production haut de gamme. De ce point de vue l’effondrement du secteur pharmaceutique français en est malheureusement une parfaite illustration.

Comme la France de 1940

Les aides aux entreprises, ce fameux CICE, venant compléter le Crédit impôt recherche — ce « cadeau aux entreprises » pour parler comme la CGT — est arrivé avec un décalage de deux ans par rapport aux pratiques des autres pays. Ce sont les autres pays qui ont raflé la mise, tandis que nous, Français, avons vu passer devant notre nez la reprise générale et la disparition du chômage.

ob_1c7718_images-q-tbn-and9gcqc-rt6cxsjxbbz7h4zdLa France, à l’échéance du mandat Hollande, est de ce fait en moins bon état et surtout en moins bonne position que la France d’après la crise de 2008. Oui, la comparaison avec la France de 1940 (ou de 1870, si vous voulez) n’est pas si ab­surde. Du moins sur le plan économique. Et il n’est pas certain que la surenchère libérale à laquelle se livre l’opposition soit elle-même dans le bon tempo, à l’heure où l’euro est devenu un boulet, et alors que la guerre qui nous est faite par l’islamisme nécessiterait un État fort. Au moment où, sur ce plan, la calamiteuse parenthèse du so­cialisme à la Hollande est sur le point d’être refermée, il ne fau­drait pas que l’équipe à venir, quel que soit le résultat final des urnes, se retrouve elle aussi à rebours des impératifs écono­miques, qui ne sont déjà plus ceux de 2012.

FRANCIS BERGERON

francis-bergeron©present.fr

Présent, n°8713, 13 octobre 2013

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