Jacques Dominati est mort.

Lu dans Minute :

Seule la mort a éloigné Jacques Dominati de Jean-Marie Le Pen

Jacques Dominati est décédé le 8 septembre à l’âge de 89 ans. Il ne fut pas, à proprement parler, un homme politique de tout premier plan. Il n’en a pas moins marqué la vie politique pendant près d’un demi-siècle. Et il aurait dû être maire de Paris.

Jean-Marie Le Pen a salué le décès de Jacques Dominati par un communiqué marqué par l’émotion : « La mort de Jacques Dominati réveille le sou­venir de nos jeunesses étudiantes engagées, vives et franches. Cette disparition me touche douloureusement. » La disparition de Jacques Dominati est effectivement celle d’une certaine France. Celle de l’après-guerre. Celle des années 1950. Celle du combat pour l’Algérie fran­çaise.

Né le 11 mars 1927 près d’Ajaccio, orphelin de père à l’âge de deux ans, engagé dans la Résistance à seize ans, il doit quitter la Corse en 1946 pour être soigné de la tuberculose dans un sana­torium de Grenoble. C’est là qu’il est remarqué par André Malraux alors qu’il est responsable des étudiants du Rassemblement du Peuple français, le RPF créé le 30 mars 1947 par le général De Gaulle.

Au quartier Latin face aux communistes

La rentrée universitaire suivante le voit étudiant en droit à Paris. C’est au même moment que Jean-Marie Le Pen, âgé de dix-neuf ans, débarque au quar­tier Latin. Les communistes y font en­core la loi. Face à eux, des groupes dis­parates. Les restes de l’Action française, conduits par Pierre Boutang, où le fu­tur avocat Jean-Marc Varaut fait ses premières armes ; les Jeunes Indépen­dants de Paris, sous la direction de Jean Bourdier, futur directeur-adjoint de « Minute », et d’Alain Jamet, qui sera membre fondateur du Front national en 1972 ; et les jeunes gaullistes du RPF conduits par Jacques Dominati.

Les amitiés naissent. Solides et du­rables par-delà les ans et les vicissitudes de la vie politique. Jean-Marie Le Pen sera le parrain de sa fille, Isabelle.

Jacques Dominati devient le colla­borateur de Jacques Soustelle, le secré­taire général du RPF. Comme ce der­nier, et comme Jean-Marie Le Pen, il reste fidèle à l’Algérie française après que De Gaulle a décidé de s’en débar­rasser. En 1960, il est exclu de l’Union pour la Nouvelle République après avoir été élu sous ses couleurs l’année précédente au Conseil de Paris. Il par­ticipe à la création du Groupe d’Action municipale à l’Hôtel de ville qui se fond dans le groupe du Centre national des Indépendants. Un mouvement que Jean-Marie Le Pen a lui-même rejoint après avoir été réélu député en 1958.

Battu aux élections législatives de 1962, comme tous les partisans de l’Al­gérie française, il participe à la fonda­tion des Républicains indépendants aux côtés de Valéry Giscard d’Estaing. C’est sous leurs couleurs qu’il est élu député de Paris en 1967, 1968 et 1973.

Il n’en reste pas moins fidèle aux idées et aux amitiés de sa jeunesse.

Chez Le Pen, un certain 13 mai

Le 13 mai 1973, jour du 15e anniver­saire du 13 mai 1958, Jean-Marie Le Pen organise une réception dans sa maison de Mainterne située à 20 kilomètres de Dreux. Jacques Dominati y est invité. Il vient avec un de ses collaborateurs : le jeune Lorrain de Saint Affrique, qui deviendra conseiller en communication de Le Pen une décennie plus tard. L’his­torien Jean-François Chiappe est de la partie. Comme le chanteur Main Bar­rière. Et la petite Marine, qui n’a pas encore fêté ses 5 ans.

Cette même année, Dominati orga­nise un meeting pour Giscard. Des mili­tants du Cidunati de Gérard Nicoud viennent mettre la pagaille. Dominati bondit et met deux perturbateurs au tapis. Le calme revient aussitôt.

C’est au cours de cette période qu’il est élu président du Conseil de Paris. Il est un des artisans de la réforme du sta­tut de la capitale la faisant entrer dans le droit commun en lui offrant un maire élu doté de véritables pouvoirs. Une situation que la monarchie et la Répu­blique ont toujours refusée depuis la sédition d’Étienne Marcel, prévôt des marchands, en 1357.11 a naturellement vocation à être le candidat des Républicains indépendants aux élections municipales de 1977. Mais Giscard, qui apprécie sa fidélité, l’estime trop à droite : « Comme ce Corse a le sang chaud, il peut, sans prévenir, entonner son antienne favorite sur les « traîtres » qui, en 1962, ont bradé une partie du territoire national et devront, tôt ou tard, payer cette félonie. Ce qui ferait sans doute parler de lui, mais ne serait pas d’une grande efficacité en direc­tion des électeurs gaullistes » (Eric Branca et Arnaud Folch, Histoire secrète de la droite, Pion, 2008, p. 148).

Giscard lui préfère donc Michel d’Ornano. Avec le succès que l’on sait !

C’est à cette même époque que Jac­ques Dominati présente son directeur de cabinet à Le Pen, un certain Jean-Marie Le Chevallier qui sera élu maire de Toulon en 1995 sous l’étiquette du Front national. N’étant pas élu maire de Paris, qui était son grand rêve depuis son arrivée dans la capitale en 1947, il n’en sera pas moins un élu fidèle jusqu’en 2001. Ainsi qu’un actif secrétaire d’Etat aux Rapa­triés dans le gouvernement de Ray­mond Barre.

Dominati était un homme libre. Fidèle à ses amitiés et engagement de jeu­nesse. Et toujours auprès de « Minute » lorsque le journal était la cible d’atten­tats. Une qualité trop rare pour ne pas être soulignée.

Thierry Normand

Minute, 14 septembre 2016, n°2787, p. 11.

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