Les grandes manœuvres des élections

La course aux présidentielles est lancée de plus belle. Tout le monde est en lice, et tous les coups sont permis, l’histoire se répète sans cesse. A la manœuvre : les penseurs maçonniques avec leur droit de vote imposé à tous les citoyens. Rosa Luxembourg, militante socialiste et marxiste, d’origine polonaise aurait eu cette petite phrase bien symptomatique : « Si les élections servaient à quelque chose elles seraient interdites » et Coluche la reprenant ainsi « Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit. »

N° 112 de juin-juillet 1966 : Les grandes manœuvres des élections
Voter : piège ou devoir ?

Paraît ce mois-ci un petit opuscule aux Éditions de Chiré intitulé : « Voter : piège ou devoir ? ». Sous le plume de son auteur, nous retrouvons les éléments de doctrine contrerévolutionnaire qui doivent nous guider.

Henry Coston dénonçait en 1966 les manœuvres politiciennes en nombre qui, à chaque élection, viennent entretenir les querelles des partis politiques, et qui permettent à la presse de remplir ses colonnes.

Cette fois ci, c’est à propos des élections législatives du 5 et 12 mars 1967, qui ont vu le groupe de la majorité remporter une grande partie des voix. Au premier tour, les suffrages des nationalistes s’étaient partagés entre l’Alliance républicaine de Tixier-Vignancour et le Rassemblement européen-liberté de Dominique Venner.

En novembre 1966, le gouvernement adopte une loi pour élever de 5 % des suffrages exprimés à 10 % des électeurs inscrits, le minimum de suffrages recueillis au premier tour de scrutin nécessaire pour avoir le droit de rester candidat au second tour. Ceci aura pour conséquence une progression considérable de l’abstentionnisme, et un accroissement des suffrages de la majorité gaulliste, la manœuvre a fonctionné au profit du gouvernement.

François-Xavier d’Hautefeuille

LES GRANDES MANŒUVRES
N° 112 de juillet-août 1966 : Les grandes manœuvres des élections
N° 112 (juillet-août 1966) : Les grandes manœuvres

On ne sait encore quand auront lieu les prochaines élections. Mais la campagne est d’ores et déjà ouverte. Les partis aiguisent leurs armes, les hommes politiques négligeant un peu les traditionnelles vacances d’été parcourent leurs circonscriptions, visitent leurs grands électeurs, invitent à leur table les journalistes, multiplient leur correspondance aux amis.

Les gaullistes ne sont pas les moins actifs, surtout ceux qui redoutent d’être battus par un centriste ou un candidat de la Fédération Mitterrand, ou d’être évincés de la liste des candidatures officielles.

Le Premier ministre, qui sera lui-même candidat, n’a pas caché que l’investiture de la majorité, c’est-à-dire DU GOUVERNEMENT, ne serait accordée qu’à un seul candidat par siège à pourvoir et que maints députés sortants gaullistes seraient remplacés par d’autres candidats gaullistes.

L’astuce du directeur (provisoirement) honoraire de la Banque Rothschild frères consiste, en effet, à sauver le régime gaulliste et son chef en écartant les députés « godillots » trop compromis et, partant, trop impopulaires, pour leur substituer des candidats non moins gaullistes, mais bénéficiant ou pouvant bénéficier des voix de « la droite la plus bête du monde », dont l’appoint est devenu indispensable au système gaulliste pour sa survie.

La manœuvre de MM. Michel Debré et Guillain de Bénouville, ne semble pas avoir réussi. En dehors que quelques olibrius qui courent après le billet de 100 F, d’un ex-champion des classes moyennes lancé dans une rocambolesque aventure de « cavalerie », d’un journaliste dévoyé et de deux ou trois douzaines de monarchistes prêts à sacrifier les principes pour peu qu’on les dédommage de la peine qu’ils éprouveraient à le faire, la droite demeure insensible au charme très particulier du petit-fils de rabbin et à celui, non moins étrange, de l’ancien rédacteur de l’antisémite Pays Libre.

C’est du côté de M. Giscard d’Estaing que la manœuvre gaulliste a quelque chance de réussir.

La crise économique s’annonce, la bourse est mauvaise, l’inquiétude grandit chez les « gros ». Les « 200 familles » n’abandonnent pas tout à fait le général De Gaulle, mais elles ont déjà un pied dans un autre camp. Prudentes, elles ont choisi un camp qui ne soit pas officiellement U.N.R., mais qui soit tout de même pro-gaulliste : celui de M. Giscard d’Estaing.

L’HOMME est ambitieux, habile sinon très intelligent et, surtout, il plaît à la droite qui aime la particule, même lorsque celle-ci n’est qu’un effet du Journal Officiel. Il inspire confiance aux jobards qui ont voté oui en 1958 à De Gaulle et qui le regrettent aujourd’hui. Et, ce qui est l’essentiel, il appartient lui-même à ces « 200 familles », depuis le jour où, ayant épousé une Brantes il est entré dans la tribu Schneider, du Creusot.

Aux dernières nouvelles, cette manœuvre-là paraît beaucoup mieux réussir. A tel point que des fidèles U.N.R.-U.D.T., sentant venir la disgrâce, commencent à rechigner. L’os de la « participation ouvrière » jeté à MM. Vallon et Cie ne suffira probablement pas à calmer leurs appétits.

Du côté des nationaux, l’inquiétude est non moins grande, car les gens lucides savent bien qu’avec M. Giscard d’Estaing, c’est l’aventure gaulliste qui recommence et, cette fois, avec un homme qui a trente-six ans de moins. La France a payé cher – et paie encore – la première aventure ; le coût de la seconde ne serait pas moins élevé.

Au bout de tout cela, nous l’avons dit et répété bien souvent depuis huit ans, il y a une autre grande aventure : celle du Front populaire. Si les électeurs nationaux et modérés, au lieu de rompre nettement avec le Régime, lui permet de se survivre en assurant le succès des candidats de M. Giscard d’Estaing, ils seront responsables de la réaction qui suivra, à brève échéance, l’effondrement du système instauré en 1958.

LEUR compromission avec le Pouvoir gaulliste sera tellement patente qu’ils seront dans l’impossibilité de se dégager à temps et qu’ils subiront le sort des « godillots ». Ils auront beau dire qu’ils étaient, au fond, contre le Régime, personne ne les croira. Et la nouvelle épuration qui se prépare – infiniment moins sanglante que la précédente, mais aussi sévère que celle qui frappa les partisans et les fonctionnaires de Napoléon III après 1870 – balaiera pour une génération groupes, journaux et personnages qui auront prêté la main à cette sordide combinaison.

Nous n’avons pas été entendu de nos amis en 1958 lorsque nous criions : casse-cou ! Le serons-nous mieux – ou moins mal – aujourd’hui ?

Henry COSTON

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François-Xavier d'Hautefeuille

François-Xavier d'Hautefeuille est le directeur de publication de Lectures Françaises depuis 2010, il a pris la succession de Jean Auguy et de Henry Coston. Il publie une rubrique mensuelle qui s'intitule "Il y a 50 ans" et qui est une rétrospective des numéros de la revue parus.

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