Le combat pour les écoles hors-contrat recommence. Alors assurons-donc la maintenance de ce qui reste d’à-peu-près catholique sur cette bonne terre de France car, grâce à l’émergence d’un sentiment d’insécurité national, le vieil esprit anti-catholique grégaire revient sur le devant de la scène, et saute sur l’opportunité pour poursuivre le travail inachevé il y a trente ans. Ne nous faisons pas d’illusion, une religieuse même armée d’un AK47 sera toujours moins dangereuse qu’un Immam orateur ! La première ne sait déjà pas tirer, mais le second sait manipuler les tréfonds de la psychologie humaine…

Lu dans L’Homme Nouveau :

Quel avenir pour le hors-contrat ?

ENTRETIEN AVEC GRÉGOR PUPPINCK

Afficher l'image d'origineGros plan sur la réforme des écoles indépendantes (ou hors contrat) voulue par le gouver­nement, qui devrait entrer en vigueur à la rentrée 2017. Quels sont les enjeux ? Explication de Grégor Puppinck, président du Centre européen pour le droit et la justice (ECLJ), juriste, père d’enfants scolarisés dans une des écoles visées.

En quoi consiste la réforme voulue par le gouvernement concernant les écoles hors contrat ?

Grégor Puppinck : Avant tou­te chose, il faut souligner que les écoles dites « hors contrat » se développent rapidement depuis une décennie et qu’elles ont globalement de meilleurs résultats que les écoles privées sous contrat ou publiques. Elles sont aussi moins touchées par la violence.

Cette réforme a deux grands ob­jectifs : le premier est d’accroître le contrôle de l’État sur l’enseignement en supprimant la « liberté » de créer des écoles, pour soumettre leur création à l’autorisation préalable de l’administration. Le deuxième objectif est de renforcer le contrôle de l’État sur les écoles in­dépendantes déjà existantes, au regard de la qualité de l’enseignement et de leur adhésion aux « valeurs de la Ré­publique ». Face au développement de l’obscurantisme et du communautarisme dans la société française, la Répu­blique renforce son arsenal législatif.

Comment le gouvernement justifie-t-il cette réforme ?

Pour l’instant, le discours du ministère tend à rassurer et consiste à dire : « Plus de contrôle = plus de sé­curité = plus de liberté ». Concrète­ment, il invoque la peur de la radica­lisation, c’est-à-dire de l’islamisme, pour justifier une réduction des liber­tés de tous.

À ce propos, qu’est-ce qui légitime cet effacement du rôle des parents dans l’édu­cation ? Cela semble plutôt contradictoire avec la reven­dication de la liberté…

En réalité, la République a dans ses gènes la conviction que l’éducation relève de la mission de l’État : c’est la République qui est éducatrice du peuple. Reconnaître le droit naturel et premier des parents à éduquer leurs enfants s’op­pose au progrès républicain, puisque la famille serait le vecteur principal de transmission des inégalités et des tra­ditions. Ainsi, cette réforme ne bafouerait pas la liberté, mais renforce­rait plutôt celle des enfants en garan­tissant davantage leur droit à l’éduca­tion contre leurs parents et leur milieu social.

En pratique, cela conduira-t-il à des changements manifestes par rapport à la situation antérieure ?

Cela dépendra de sa mise en œuvre par l’actuel et surtout par le pro­chain gouvernement. Il faut considérer le contexte plus global et les moyens dont dispose l’administration. Ses pré­rogatives actuelles devraient normale­ment suffire pour veiller au bon esprit et au niveau des écoles indépendantes. Dans les faits, l’administration manque de moyens pour exercer un réel contrô­le sur les écoles existantes. Or, il lui est bien plus facile de refuser d’emblée la création d’une école soupçonnée d’is­lamisme que d’aller ensuite l’inspec­ter et sermonner ses enseignants sur les valeurs de la République et l’appren­tissage de la grammaire française. Quant au contenu, l’obligation de respecter le « socle commun » est ac­cessible à toute école, sauf bien sûr si celle-ci se fonde sur l’enseignement coranique. Le contrôle concerne donc plutôt l’état d’esprit et la pédagogie. Le but est de limiter le communautarisme, ce qui implique de limiter la liberté.

Concernant la liberté pédago­gique qui caractérise le hors-contrat, en quoi est-ce un réel atout pour les élèves ?

Il est sûr que cette liberté dont disposent les enseignants d’écoles hors contrat est vraiment bénéfique, dans la mesure où les méthodes s’adaptent concrètement aux élèves, au même titre que les rythmes scolaires, leur per­mettant ainsi d’exploiter en profondeur leurs capacités intellectuelles et leurs talents respectifs. Cela est notamment favorisé par les petits effectifs de classes. Une particularité fondamentale des écoles indépendantes est l’implication des parents dans l’instruction de leurs enfants : les parents ne sont pas des consommateurs, ils sont davantage in­vestis et l’enfant ressent la continuité entre la maison et l’école. La liberté fa­vorise l’initiative et la responsabilité, et finalement la qualité. C’est vrai aus­si de l’enseignement. Une école hors contrat d’un mauvais niveau n’est pas viable financièrement ; d’ailleurs le coût de la scolarité par enfant est infé­rieur dans le hors-contrat par rapport au public et au sous contrat.

Que conclure donc sur l’utilité du décret ?

Le régime actuel devrait suffi­re à contrôler le niveau de l’enseigne­ment et le bon esprit des écoles. Il pour­rait être opportun d’y ajouter quelques normes, par exemple l’obligation de maîtrise de la langue française, l’in­terdiction des financements étrangers et l’exigence d’un diplôme universi­taire minimal pour enseigner. Un sys­tème d’autorisation préalable alourdi­rait la procédure d’ouverture d’école, allongerait les délais et l’exposerait aussi au risque d’arbitraire, ouvrant la voie à des contestations judiciaires. Ce­la découragerait de nombreuses initia­tives privées alors même que l’ensei­gnement public est en crise. La plupart des parents d’élèves du hors contrat préféreraient mettre leurs enfants dans de grands établissements publics ou sous contrat si le niveau y était meilleur et s’il y avait moins de violence.

Propos recueillis par Camille Lecuit

L’Homme Nouveau, n° 1618 du 2 juillet 2016, p.15.

 

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