Nous reproduisons ici dans son intégralité l’entretien accordé par Présent le vendredi 1er juillet 2016.

—  Vous avez repris la responsabilité de Chiré, (maison d’édition, de diffusion, librairies à Paris et à Nantes) Jean Auguy s’étant retiré, il y a quelques années. Comment qualifiez vous le commerce du livre en 2016 dans les milieux traditionnels ? L’écrit est-il toujours apprécié ?

— Voici plus de cinq ans maintenant que j’ai repris le flambeau de Chiré transmis par Jean Auguy, le fondateur de la Diffusion de la Pensée française et des Editions de Chiré. Le monde du livre ne semble pas avoir perdu trop d’intérêt en 2016 dans les milieux traditionnels. J’en veux pour preuve le nombre de maisons d’éditions qui se sont créées dans les dix dernières années. Les moyens informatiques actuels et l’impression numérique ont permis cet essor. Il est maintenant facile d’éditer un ouvrage ; ce qui est plus dur, c’est sa commercialisation. Les auteurs sont peu connus et n’ont que peu de relais dans la presse, ou bien uniquement par copinage. Et malheureusement la presse traditionnelle a tendance à recenser uniquement des livres des grandes maisons d’édition. Cela n’aide pas à la vente, qui reste difficile, mais qui a tout de même un regain d’intérêt, afin de se former au combat contre le socialisme qui détruit petit à petit les dernières valeurs morales de notre pays.

— Ressentez-vous durement la concurrence d’internet ?

— Internet, considéré comme un outil, est une avancée technologique contre laquelle on ne doit pas lutter. Aussi avons-nous entrepris de nous développer sur ce nouveau canal de vente, mais finalement, c’est l’outil par excellence de la vente par correspondance, ce que nous faisons depuis 50 ans. La concurrence d’internet, pour moi, serait plus au niveau de la lecture : les écrans sont chronophages en temps, et les Français n’ont plus le temps de lire sur un support papier, qui reste seul apte à bien former les esprits. Et, bien sûr, on retrouve la concurrence déloyale des grossistes, avec leur fiscalité étrangère, petits protégés de l’Etat.

— Vous êtes aussi éditeur de revues : Lecture et Tradition et Lectures françaises. Ces revues ne sont diffusées que sur abonnement. Comment se portent-elles ?

— Comme je disais ci-dessus, le problème actuel pour les lecteurs est la répartition de leur temps de lecture. Le grand perdant est le support papier, et nos revues ne dérogent pas à la règle. Ma génération ne s’abonne que très peu, et préfère le faux gratuit d’internet. Lecture et Tradition fête cette année ses 50 ans de combat au service du livre et de la contre-révolution. Lectures françaises, quant à elle, va vers ses 60 ans ; depuis un an, nous avons retravaillé l’intégralité de nos maquettes et nous avons mis en ligne un site internet d’information pour la revue : il est possible de demander à nos services, gratuitement, un spécimen de nos deux revues.

— Combien de salariés l’entreprise emploie-t-elle ?

— Actuellement, nous sommes plus d’une quinzaine à travailler au sein de Chiré et de ses deux librairies : Duquesne Diffusion à Paris et la Librairie Dobrée à Nantes. La majorité de nos rédacteurs sont bénévoles et travaillent de chez eux. Nous avons une charge de travail importante mais, malheureusement, les charges, impôts et taxes ne nous permettent pas de recruter plus de personnel. Un lot commun dans nombre de petites sociétés, écrasées par l’Etat, les Urssaf et la redistribution socialiste.

— Le choix de vivre et de travailler en province, et même en pleine campagne (en dehors de vos deux librairies), vous paraît-il toujours adapté à votre façon de travailler ?

— Internet, la téléphonie, le maillage des réseaux de transport, nous permettent de travailler avec de nombreux avantages. A Poitiers, nous nous retrouvons presque au centre géographique de la France : nous arrivons à livrer en 24 heures partout en France. En dehors de l’afflux de population que provoque une ville, le temps de trajet domicile-travail est très réduit pour chacun de nous ; et le cadre verdoyant nous permet un travail serein.

— 2016 est une année particulièrement importante pour vous, puisque vous allez marquer le 50e anniversaire de votre maison. Quels seront les événements particuliers – s’il ne s’agit pas d’un secret ! – prévus pour cette année spéciale ? 

— La Diffusion de la Pensée française est née en 1966. Nous préparons activement ces noces d’or, que nous célébrerons les 3 et 4 septembre à Chiré, lors de nos habituelles Journées chouannes. Celles-ci se profilent très bien : une dizaine de tables rondes sur des sujets d’actualité, avec plus d’une trentaine d’intervenants, sur des sujets variés tels que « l’homme dénaturé », « système ou antisystème », « une économie catholique est-elle possible ? » « immigration et islam » « 50 ans de combat du livre » « Le Puy du Fou : exemple de sauvegarde du patrimoine ». Plus d’une centaine d’auteurs ont déjà répondu à notre invitation, nous organisons à cette occasion deux grands banquets : le samedi soir, banquet anniversaire de Chiré où nous donnerons la parole aux journalistes ; le dimanche soir : banquet- souvenir des 50 ans de Chiré, avec projection d’un film et de photos commentées.

— Avez-vous des projets d’expansion, de renouvellement, prévus pour les prochaines 50 années ? 

— Dans une entreprise, il faut toujours voir les choses plus loin que les prochaines élections ! Mais avec les incertitudes économiques et politiques, il nous faut prendre les décisions avec prudence. Actuellement, nous avons de gros travaux à entreprendre dans nos locaux. Cinquante ans d’archives, de revues, de livres, font que nous n’avons plus de place. Nous devons créer des locaux pour sauvegarder tous ces documents et archives de la pensée contre-révolutionnaire, qui sont une vraie mine d’or.

Propos recueillis
par Anne Le Pape

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