Un petit rectificatif objectif, technique, sur les exagérations quant à la crue due aux pluies intenses en ce moment. L’auteur de cet article nous donne en passant, un précis d’histoire du pont de l’Alma, et nous fais partager un brin de son enfance, lors de l’hiver 1954. Cela change des nouvelles politiques et stratégiques…

Lu dans Rivarol :

Inondations : cessons de dire des sottises.

Il faut commencer par arrêter de dire n’im­porte quoi et de colporter des valeurs fausses quant à la hauteur de la crue actuelle compa­rée à celle de 1910 !

Contrairement à ce qu’on raconte, le fa­meux « zouave du pont de l’Alma » a toujours été l’indicateur repère, au moins jusqu’à la destruction du pont originel (1970) ! Construit en 1854-1856, le Pont de l’Alma comportait deux piles et était décoré de quatre statues symbolisant les 4 corps qui s’étaient particulièrement distingués lors de la bataille de l’Alma, première grande bataille de la guerre de Crimée (1853 — 1856) : artilleurs, chasseurs à pied, grenadiers, zouaves. Pour la petite histoire l’Alma est une ri­vière proche de Sébastopol et il doit être connu de chacun que la traduction de « alma » est « eau » — un nom prédestiné !

Le zouave se trouvait sur la pile côté rive gauche, en face amont. Lorsque le pont a été détruit et reconstruit (1970-1974) à la suite d’un tassement du sous-sol du talweg précisément côté rive gauche, on a été contraint de ne conserver qu’une pile, celle du côté de la rive et on en a profité pour élargir le tablier et l’ensemble de la structure pour les besoins de la circulation. Malgré une structure métal­lique plus « futuriste » qui n’avait rien à voir avec la construction initiale, pour conserver le « folk­lore parisien », si les divers sol­dats décorant initialement le pont ont été répartis aux quatre coins de la France, on a conservé le zouave, rappel du pont d’ori­gine et des crues qu’il avait vé­cues…

Vu que sa pile d’appui n’existait plus sur ce nouveau pont, le zouave a donc été déplacé sur le côté rive droite et replacé face amont sur la nouvelle pile ! De ce fait, il ne se trouve plus là à la même altitude mesurée à partir du fond, d’autant que la Seine à cet endroit décrit un méandre vers la gauche… Et chacun sait que dans un méandre, le fleuve érode préférentiellement la rive inté­rieure du méandre (ici la gauche) où la profondeur est plus importante et la vitesse d’écoulement plus grande, que la rive ex­térieure (ici la droite) où la profondeur est moindre et l’écoulement plus lent…

À cela s’ajoutent des im­pératifs techniques de mise en place et de scellement qui font que le zouave est replacé au minimum 80 centimètres plus haut par rapport au niveau de la Seine qu’il ne l’était à l’origine ! Par suite il est évident que les mesures actuelles sont largement sous-éva­luées ! Au passage mon « grand âge » me donne le pri­vilège d’avoir, enfant, vécu l’hiver 1954, d’avoir donc traversé la Marne à pieds et d’avoir contemplé le zouave (alors à sa place) avec de l’eau jusqu’au poignet… Je constate que personne ne parle de cette crue liée essentiellement à la fonte des neiges et glaces accumulées…

Sommes-nous finalement si loin de cette crue ?

Certainement pas : un bon indicateur est la hau­teur de flèche sous arche qui permettait tout juste le passage des canots pneu­matiques de la Brigade Fluviale…

Cela m’a rappelé des souvenirs…

Claude TIMMERMAN

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