Le CAC 40 se fait la malle ?

Dans un pays qui surtaxe les entreprises, c’est normal que les investisseurs aillent voir ailleurs. Ce qui serait excellent, malgré tout ce que l’on craint des conséquences d’une chute du CAC 40, serait la création d’une contrainte légale pour tout grand groupe voulant s’implanter chez nous, et une réelle activité de développement et de soutien aux petites et moyennes entreprises. La situation est déjà catastrophique dans tant de régions, sur le plan de l’emploi et de l’économie. Mais en plus lorsqu’ils s’en vont, ce sont des taxes qui sont reportées sur les autres, car les dépenses de l’Etat elles ne s’en vont pas…

Lu dans Présent :

Le CAC 40, nous en entendons tous souvent parler : ce sont les 40 principales entreprises françaises. Le cours de leurs actions est suivi comme le lait sur le feu, car il est considéré comme le meilleur baromètre de la santé de nos entreprises. Or 10 % des entreprises du CAC viennent de quitter la France…

Quand les Boat people vietnamiens fuyaient le commu­nisme indochinois, on disait qu’ils votaient avec leurs pieds. Comme avaient voté avant eux tous les réfugiés d’Europe de l’Est, dans l’immédiat après-guerre. Professeur de stratégie à H.E.C, Xavier Fontanet reprend dans le quotidien écono­mique Les Échos la même expression pour évoquer le phéno­mène de fuite qui frappe actuellement les entreprises du CAC 40. Elles votent avec leurs pieds pour fuir un pays qui est devenu anti-entreprises.

On peut se lamenter, fustiger cette absence de patriotisme économique (le seul que connaissent et réclament les socia­listes, d’ailleurs). Mais le fait est là : Technip (ingénierie pé­trolière), qui a fusionné avec une entreprise américaine, va installer son nouveau siège à Londres. Les ciments Lafarge, autre fleuron français, viennent pour leur part d’être rachetés par une société suisse. General Electric a récupéré le secteur énergie d’Alstom. Nokia, société finlandaise, a absorbé notre historique société Alcatel-Lucent. Schneider a transféré une partie de sa direction en Chine. Et Total a fait de même avec sa division financière, mais vers Londres, pour sa part.

Ces transferts obéissent à des considérations fiscales, le plus souvent. Mais ces groupes industriels mettent aussi en cause l’insécurité juridique française et une mentalité globale plutôt hostile au monde de l’entreprise, en particulier de la part des pouvoirs publics (dans les faits, en tout cas).

Bien entendu on nous dira : le capital anonyme et vaga­bond (selon la formule d‘Henry Coston), les multinatio­nales, ne se sont jamais gênés pour changer de pays, au gré des intérêts de leurs actionnaires. En outre, des acquisitions, il s’en opère dans tous les sens : l’entreprise française SEB vient de faire une très grosse acquisition en Allemagne. Et la magnifique entreprise Air Liquide, qui doit sa réussite mon­diale à l’immense savant et patriote Georges Claude, vient elle aussi d’opérer une très importante acquisition à l’étran­ger. Oui, certes, mais derrière ces flux financiers, derrière ces changements d’organigrammes et de titres de propriété, et plus encore derrière ces déplacements de sièges sociaux, il y a des investissements, il y a des emplois. Et quand on fait le bi­lan des entrées et des sorties, des acquisitions et des ventes, il y a de quoi s’inquiéter.

La France n’est plus jamais retenue

Une société française rachetée par un groupe étranger, c’est embêtant. Mais sur ce seul terrain, on pourrait soutenir en effet qu’au fond les situations s’équilibrent. Mais le transfert partiel ou total d’un siège français vers l’étranger, c’est beau­coup plus lourd de conséquences. Or ces transferts, fréquents lors de rachats de sociétés françaises, se produisent donc aussi en dehors de tout contexte de restructuration capitalistique, voire quand c’est l’entreprise française qui se développe à l’étranger. Le cas de Technip est très caractéristique, de ce point de vue.

Les restructurations capitalistiques intègrent donc désor­mais une réflexion systématique sur le meilleur lieu d’im­plantation du centre décisionnel mondial. Et la France n’est plus jamais retenue. Malgré nos infrastructures, qui sont re­marquables. Malgré le bassin d’emploi français, qui est of­freur, malgré nos grandes écoles, qui tiennent la route. Et l’image que donne actuellement notre pays ne peut qu’accélérer ce mouvement catastrophique. Les Français donnent l’impression d’être toujours en grève, commentait le pourtant gauchisant New York Times. Si ce n’est pas cela le déclin, dites-moi alors ce que c’est.

F.B.

Présent, n°8624, 8 juin 2016, p. 3.

 


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