Les 18 et 19 février dernier, se tenait, à Bruxelles, un Conseil européen particulièrement important puisqu’il devait répondre à une double question : les 27 Etats membres accepteraient-ils les conditions posées par David Cameron 1 pour rester dans l’Union européenne ? Et, question connexe : prendraient-ils le risque de lui opposer un refus, synonyme d’éclatement de l’Union européenne ? Signalons, au passage, que le retrait par un État membre de l’Union européenne n’a jamais eu lieu et qu’un « Brexit » 2 du Royaume-Uni pourrait inciter, selon la théorie des dominos, d’autres Etats à l’imiter.

Comme toujours, nous avons assisté à une vaste partie de poker menteur, chaque partie claironnant qu’elle ne cédera pas sur l’essentiel (ce comportement a pour seul objectif, avec la complicité des media, de revenir dans son pays en faisant croire aux électeurs que l’on a obtenu le maximum) tout en préparant un compromis dont Bruxelles a le secret, s’éloignant le moins possible des positions supranationales, c’est-à-dire du Traité de Lisbonne. Un recul tactique est possible jusqu’à un certain point fixé par la Commission européenne, gardienne des Traités européens.

Les rôles sont répartis à l’avance : Donald (ça ne s’invente pas !) Tusk, le Président du Conseil européen, était chargé de dramatiser la situation : « Nous avons des divergences sur certains points politiques », tandis que Jean-Claude Juncker, le Président de la Commission européenne, bloquait toute solution alternative : « Nous n’avons pas de plan B ». François Hollande a voulu, de son côté, montrer qu’il existait en expliquant aux journalistes : « Il faut que l’Union européenne puisse avancer ». Le capitaine de pédalo ne nous dit pas vers où ni vers quoi ? De toute façon, cela n’a aucune importance puisque son rôle est subalterne. C’est Angela Merkel, s’appuyant sur Donald Tusk, l’ancien Premier ministre polonais et Jean-Claude Juncker, l’ancien Premier ministre luxembourgeois, tous deux germanophones, qui, in fine, décidera seule.

UN ACCORD EN TROMPE-L’ŒIL

David Cameron était en position de force puisqu’il avait annoncé, avant le Conseil européen, un referendum pour le 23 juin au Royaume-Uni sur l’éventuelle sortie de l’Union européenne : soit ses collègues européens lui accordaient ce qu’il voulait pour affermir la souveraineté britannique et il repartait en vainqueur « to home » en appelant à voter OUI au referendum soit il n’obtenait pas satisfaction et, dans ce cas, il appelait à quitter l’Union européenne. C’était gagnant/gagnant comme disent aujourd’hui les économistes ou les financiers « branchés ». David Cameron, poussé par l’UKIP, le parti eurosceptique de Nigel Farage et par une partie importante des conservateurs, ne voulait pas d’accord au rabais. Il rappelait, en préambule, que le Royaume-Uni verse chaque année 11 milliards d’euros (8 milliards de livres) au budget européen et qu’il est contributeur net malgré le rabais obtenu par Margaret Thatcher en 1984 et toujours reconduit depuis. Les concessions exigées par Cameron pour appuyer le maintien du Royaume-Uni dans l’Union européenne étaient au nombre de quatre :

– limiter pendant 4 ans les aides sociales pour les ressortissants de l’U.E. travaillant au Royaume-Uni ;

– défendre la souveraineté britannique contre une Europe toujours plus intégrée ;

– améliorer la compétitivité économique de l’U.E., en limitant la bureaucratie ;

– défendre la City, la place financière de Londres, en s’opposant, éventuellement, aux décisions de l’Eurogroupe en matière monétaire et sur le marché unique.

Une autre raison, non mentionnée officiellement par Cameron dans la négociation, mais présente dans tous les esprits était la crise migratoire, avec l’afflux massif de migrants en provenance du Proche-Orient. Le Royaume-Uni n’appliquant pas Schengen, ne souhaitait pas se voir imposer des quotas de migrants ou subir la pression migratoire imposée par la folle politique de Madame Merkel. Depuis, la chancelière allemande s’est entendue avec le président turc Erdogan sur le dos des Européens sans que ceux-ci ne réagissent ! Erdogan a exercé un chantage diabolique en expliquant aux Etats de l’U.E. qu’il y avait 4 millions de « réfugiés » syriens en Turquie, en Jordanie et au Liban, prêts à passer en Grèce à moins que l’Europe ne l’aide financièrement à hauteur de 6 milliards d’euros et n’accélère le processus d’adhésion de la Turquie à l’U.E., processus soutenu, au premier chef, par l’Allemagne qui « abrite » la plus importante communauté turque en Europe. Déjà, les 28 se sont engagés à supprimer les visas pour les Turcs qui voyagent dans l’Union européenne alors que les Roumains et les Bulgares, pourtant membres de l’U.E., ne bénéficient de cette mesure que depuis le 1er janvier 2014.

L’accord obtenu à l’unanimité le 19 février 2016 est un accord en trompe-l’œil. Tout d’abord, le Royaume-Uni a obtenu moins que ce qu’il espérait, malgré les apparences (par exemple, il n’a pas obtenu un droit de veto sur la gestion de la zone euro). Même si David Cameron s’est félicité d’avoir obtenu un « statut spécial » pour le Royaume-Uni qui « n’est pas tenu de prendre part à une intégration politique plus poussée » de l’U.E., Londres bénéficie déjà de très nombreuses dérogations : les Anglais ne participent pas à la zone euro ni à l’espace Schengen et ils n’ont pas ratifié la Charte des droits fondamentaux. Par ailleurs, ils sont dispensés d’une partie des instruments de coopération en matière de justice et de police et bénéficient aussi depuis Madame Thatcher d’un « rabais » sur leur contribution au budget de l’Union. Cameron a beau affirmer que « le Royaume-Uni ne fera jamais partie d’un Super Etat européen », les adversaires de l’Union européenne, emmenés par le charismatique maire de Londres, Boris Johnson, pourront toujours affirmer que les garde-fous ou les dérogations obtenus ou conservés par Londres ne sont rien face au rouleau compresseur bruxellois chargé de veiller à l’application stricte du droit communautaire, supérieur au droit national, et aux attaques permanentes de la Commission européenne contre ce qui reste de souveraineté et de traditions nationales.

1 – David Cameron était en position de force puisqu’il avait, brillamment, été réélu Premier ministre en mai 2015 avec une majorité absolue à la Chambre des Communes.

2 – Brexit (British exit) : anglicisme et néologisme dont raffolent les eurocrates de Bruxelles qui signifie les Britanniques dehors, c’est-à-dire hors de l’Union européenne.

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