Les finances de l’Etat Islamique

Tout en étant très au fait des pratiques de communication, l’Etat islamique at­tache une grande attention aux questions financières. Il aime se présenter comme l’organisation djihadiste la plus riche. Les alliés de la coalition ont cherché à savoir ce qu’il en était. Par des recoupements d’enquêtes de toutes natures, on commence à avoir quelques détails. Les percepteurs des terroristes ne négligent rien. Ainsi à Mossoul, restant classiques, ils ont augmenté les taxes des commerçants, se sont emparés des propriétés foncières plus ou moins abandonnées, les salaires des employés de l’EI ont été divisés par deux, l’aumône pour les pauvres est passée de 2,5 % à 10 %. Seulement ces derniers mois, les réserves s’épuisent, les populations s’appauvrissent et les frappes contre les ressources pétrolières y contribuent nettement. Néanmoins, selon un rapport du département d’Etat américain, paru à la mi-octobre, l’EI est « une des organisations terroristes les mieux financées », avec une économie diversifiée, des comptes bien tenus. C’est malgré tout, une économie de guerre, avec la priorité donnée pour les dépenses militaires.

Dès sa naissance en Irak, en 2004, l’organisation s’est impliquée dans les trafics de contrebande sur les frontières irakiennes-syriennes-turques, trafics qui avaient fleuri dès les années 1990. Les réseaux sont nombreux, surveillés. Selon le Pentagone, les donations étrangères seraient accessoires et ne représenteraient que 5 % des recettes (pour la période 2005-2010). La conquête d’un tiers de la Syrie et de l’Irak a mis quelque 10 millions de personnes sous le joug terroriste. Et là, l’EI a trouvé de vraies richesses : en pillant les banques (entre l’équivalant de 471 à 753 millions d’euros), des stocks d’armes, des chefs-d’œuvre archéologiques, des domaines agricoles prospères. La plaine de Ninive est citée pour ses richesses : pétrole, gaz, blé, coton. Tous les mouvements de personnes, de liquidités sont taxés et rapporteraient dix fois plus que les confiscations, les rançons, les « impôts ». Les agences anti-terroristes ne cachent pas la difficulté qu’elles ont pour bien fixer leurs estimations. Selon les sources, les recettes annuelles de l’EI pourraient se situer entre 700 millions et 2,9 milliards de dollars, sans compter les sommes qui ont vraisemblablement été blanchies. L’EI a annoncé pour 2015, un budget de 2 milliards avec un excédent attendu de 250 millions [ selon David Cohen, sous-secrétaire chargé de la lutte anti-terroriste et des renseignements financiers du Trésor américain].

Selon un chercheur britannique de l’Université d’Oxford, Y. Al-Tamimi, qui a pu se procurer un document du ministère des finances d’une province de l’EI, celle de Deir-ez Zor sur l’Euphrate, on a un aperçu des répartitions : sur 8,5 millions de dollars de recettes mensuelles de la province, 44,7 % proviennent des confiscations, 27,7% proviennent du pétrole, 23,7 % des taxes. Plus de 5,5 millions ont été dépensés entre les salaires des combattants (43,6%), les bases militaires (19,8 %), les services à la population (17,7 %), la police islamique (10,4 %), les aides (5,7 %), les média (2,8 %). Ce qui confirme que le pétrole n’est pas dans ce cas, la source principale des ressources. D’ailleurs on sait que l’organisation islamiste a été incapable en Syrie de maintenir sa production de 2004. Les installations sont en mauvais état, sans parler des bombardements des coalisés dont l’objectif est de détruire durablement les deux tiers des capacités de production de l’EI et de dissuader ses transporteurs (Le Monde, 29-30/11/2015). Ce qui explique aussi la forte poussée de l’Etat islamique sur les zones pétrolières de Libye.

Reste que l’essentiel des recettes vient des liquidités et de la contrebande de biens avec l’extérieur sous forme de taxes et de confiscations. Ce qui est bien plus difficile à bloquer. Les réseaux d’approvisionnement sont toujours en place. Et, en dépit des serments répétés de la part des réseaux professionnels sur leur bonne conduite, les salles de vente du marché international des œuvres d’art continuent d’écouler des milliers de pièces rarissimes volées sur plus de 4500 sites archéologiques contrôlés et méthodiquement exploités par l’EI. Il faut le répéter : les salles de vente parfaitement complices ferment les yeux sur les origi nes et l’écoulement de tablettes ou sculptures d’une grande valeur. Visiblement les mesures lancées par l’Unesco n’ont pas d’effets. Pourtant les moyens légaux existent.

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