Henry Coston ou le refus des impostures par Pierre Romain

D’autres rediront ce que lui-même avait précisé sur une vie tout entière vouée à la recherche et à l’édition. De quinze ans à plus de quatre-vingt-dix ans, Henry Coston n’a jamais ménagé sa peine et mené des combats nombreux contre ce qu’il estimait être des menaces mortelles contre la société traditionnelle française. Parmi les journalistes de son âge, et surtout chez ceux de la droite populaire et nationale, il était certainement de ceux dont la liste des ouvrages publiés était la plus longue. D’autant que certains de ses livres connurent des succès tels qu’il dut multiplier les rééditions. Ainsi de l’exemple rare des Financiers qui mènent le monde qui a eu vingt-quatre éditions jusqu’en 1998.

Mais ce dynamisme éditorial qui, jusqu’au bout ne faiblit jamais, ne fut pas comme malheureusement tant d’autres, une répétition . Il s’expliquait par la nécessité aux yeux du chercheur-journaliste de ne pas laisser la parole aux seuls adversaires. Coston savait la force dissolvante du mensonge qui, maintes fois répété, finit par s’imposer peu à peu comme une vérité. Or dans les domaines où il travaillait, à la confluence du politique et de l’économie, le mensonge est quotidien. Il savait aussi le poids des influences occultes sur les prises de position des uns ou des autres . D’où un travail acharné de documentation très longtemps unique en son genre. C’est que Henry Coston fut un des premiers à s’attaquer à des forces considérables, la Maçonnerie et la haute finance. Son originalité fut de comprendre qu’il ne pouvait le faire qu’avec l’appui des lecteurs curieux parmi ceux qui refusent d’être dupes des vérités officielles et non pas par l’action de quelque parti que ce soit (il va sans dire qu’il soutint tous les mouvements nationaux). D’où sa recherche des détails authentiques, des généalogies étonnantes, des compositions de conseils d’administration ou des capitaux d’entreprises. Pour qui lit, apparaissent immédiatement les raisons de complicités cachées et de positions paradoxales. Derrière la vérité officielle, celle de la grosse presse, elle-même totalement asservie aux milieux financiers, derrière le bourrage de crâne des radios et télévisions, se découvrent d’étranges solidarités qui s’apparentent à la loi du gang. Coston fut celui qui soulevait les questions gênantes, un peu comme le comptable (qu’il fut dans sa jeunesse) qui, pointant le doigt sur des noms et des chiffres, trouvait l’objection majeure qui fait rejeter le vote du bilan.

Coston s’attacha donc, en fils spirituel de Drumont, à publier des informations — des faits précis — concernant les familles des financiers et les liens entre les groupes révolutionnaires, certains capitalistes et la Maçonnerie. Son Dictionnaire de la politique française reste pour l’essentiel une excellente source sur des personnages ou des épisodes oubliés aujourd’hui. Le mensuel qu’il fonda en 1957, Lectures françaises, continue la tâche. Bien évidemment, les confrères journalistes pillèrent et pillent encore largement ment ces informations souvent très peu connues, mais oublient régulièrement de citer leurs sources.

Le souci d’Henry Coston de mettre en relation les intérêts politiques, financiers et les influences occultes, est sans doute le point qui irrite le plus ses adversaires. D’où les critiques contre cette « théorie de la conspiration ou du complot » dont aiment à se gausser les esprits qui se proclament « éclairés ». Je note que jamais Henryttoston n’a fait de « système », n’a livré de règles générales. Mais sa grande mémoire et ses documents lui permettaient seulement de constater de très nombreuses « coïncidences ». Si nombreuses que tout un chacun était amené à se poser les bonnes questions sur les coulisses de la presse, les dessous de la politique et l’activité des loges. Sans parler de la défense du petit commerce et de l’agriculture biologique (quand ce n’était pas du tout « à la mode »). Tous sujets qui régulièrement font les « unes » des journaux actuels, preuve s’il en était besoin, que ces investigations n’ont rien de fantaisistes mais touchent au fonctionnement profond de notre société.

Cette volonté d’arracher les masques des gens qui se cachaient pour mieux duper le bon peuple de France a été la motivation de base d’Henry Coston qui aimait à répéter qu’il se fit journaliste pour défendre ses idées. Elle demeure celle de l’équipe de rédaction de Lectures françaises qui, dans des conditions financières et politiques un peu différentes, continue de refuser les mensonges des puissants et les pressions des groupes d’influences en diffusant et recoupant de multiples informations parfois — comme nous l’a appris Coston — puisées chez l’adversaire.

Henry Coston à qui je dois associer sa magnifique épouse, car elle participa très activement à ses travaux, laisse l’image d’un combattant de la plume d’une opiniâtreté remarquable. Dans sa lutte contre des forces occultes et financières redoutables, malgré les nombreux coups du sort, il n’a jamais baissé les bras. Comme ses maîtres nationalistes, il savait qu’en politique le désespoir est une sottise.

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