En mémoire d’un Grand Honnête Homme, par François Lépervanche

Ma première rencontre avec Henry Coston date de quelque 35 ans, soit quelques temps après que j’aie lu pour la première fois « Lectures françaises » qui paraissait à l’époque en petit format. Je formai alors le projet de me rendre à la Librairie Française à la première occasion, c’est à dire dès qu’il me serait possible de me rendre à Paris.

L’occasion se présenta plus vite que prévu et c’est ainsi que je me trouvais dans la Librairie Française, une boutique pas très grande, rue de l’Abbé Grégoire. J’en conviens, j’étais ému de me trouver en présence d’un tel homme dont les écrits m’avaient emballé. C’était au temps du gaullisme triomphant et Henry Coston était l’un des rares opposants au « grand homme » dans la famille de la droite nationaliste. N’avait-il pas en effet incité ses lecteurs à voter « NON » en 1958 ? Ce qui lui valut de perdre un certain nombre d’abonnés. Son tort ? Avoir raison trop tôt.

Nous n’avons pas conversé longtemps car j’étais très intimidé. Je suis reparti avec quelques bons bouquins, dont celui qui reste l’un de mes préférés, le numéro spécial de Lectures françaises intitulé « Partis, journaux et hommes politiques d’hier et d’aujourd’hui », édité en 1960 et maintes fois réimprimé. C’est un ouvrage de quelque 630 pages, bourré de renseignements sur tous les partis d’avant et d’après-guerre, leur presse, leurs dirigeants, loin du conformisme de ce que l’on a pu éditer sur le sujet. Henry Coston a toujours été « politiquement incorrect » et pourfendeur des gilets rayés de la « grande presse », des politiciens véreux et du gros argent.

J’ignorais qu’un jour je ferais partie de l’équipe rédactionnelle de LF et, surtout, que j’aurais l’occasion de revoir plusieurs fois le fondateur de notre revue. Celle dont je me souviens le mieux est liée au mariage de notre ami Jean Auguy. Je me trouvais avec mon épouse à la table de Henry Coston. Nous avons, ce soir-là, bien bavardé. Il m’a complimenté et conseillé sans jouer pour autant les « maîtres » bouffis d’orgueil en se voyant l’objet d’une grande admiration. Homme simple et chaleureux, il a animé avec brio notre tablée.

Il était non pas un livre, mais une bibliothèque vivante tant sa culture était grande. Les anecdotes, les histoires, les souvenirs que j’ai eu l’occasion d’entendre à chacune de nos rencontres étaient fascinants racontés par lui, car il avait une réelle qualité de conteur.

L’équipe de Chiré a été choisie par Henry Coston pour poursuivre une partie de son œuvre en lui passant le relais de Lectures françaises, il y a plus de deux décennies. L’héritage était lourd tant il paraissait difficile de remplacer le fondateur d’une revue comme LF. Il ressort des différents entretiens que j’ai eus avec lui qu’il considérait la succession comme réussie.

Avec le décès de notre fondateur c’est l’un des derniers grands témoins d’une époque troublée et fertile en événements qui disparaît. Il laisse derière lui une oeuvre considérable qui garde toute sa valeur pour les jeunes générations, car nombre de ses écrits sont toujours d’actualité. Les gouvernements passent, mais les tireurs de ficelles sont toujours là, quelle que soit l’époque.

Merci Monsieur Coston

François LÉPERVANCHE

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