Henry Coston, par Roland Gaucher

La disparition d’Henry Coston, décédé le vendredi 27 juillet 2001, à l’âge de 90 ans, est celle d’un homme qui laisse une trace dans l’histoire, mouvementée, des combats nationalistes.
Quand Thierry Dreschmann, l’animateur de La Licorne Bleue, m’a appris cette mort au téléphone, le lundi matin 30 juillet, un souvenir m’est tout de suite venu à l’esprit : celui de ma première participation à un meeting politique où Coston prenait la parole. J’avais 14 ans, ce devait être, puisque je suis né en 1919, au cours de l’année 1935. La réunion fut violemment attaquée par des partisans de Bucard, qui furent finalement repoussés. Pourquoi ? Je n’en sais fichtre rien. Mais c’est là un phénomène typiquement (et comment !) extrême droite.

On retrouvera ces divisions dans la période de l’Occupation. Les putes médiatiques ont pour habitude de présenter à l’opinion ceux que l’on appelle les collaborateurs ou les vichyssois, comme un bloc profondément uni. Il n’en est rien.

Les divisions étaient profondes et très violentes. C’est ce que Jean-Claude Valla a remarquablement montré dans trois petits volumes : « L’Extrême droite dans la Résistance » et « La gauche pétainiste ».

Dans cette période, pour le moins mouvementée, période de guerre civile, ce qui marque profondément l’histoire de France, des polémiques féroces vont opposer Marcel Déat, chef du R.N.P., à Henry Coston et Charles Maurras. À la fin de la guerre, Coston sera arrêté et condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Il sera libéré au début des années 50 pour raisons de santé.

Un dictionnaire politique sans rival

À partir de là, soit pendant près d’un demi-siècle, presque seul, il va accomplir un travail fantastique. Celui d’un documentaliste sans égal. Son oeuvre principale est un Dictionnaire de la Politique française, bourré de noms, qui comporte cinq tomes. Quelqu’un a rendu hommage à la qualité de cette entreprise. Il s’agit d’un historien israélien, Simon Epstein. Dans son livre Les Dreyfusards sous l’Occupation. Dans un chapitre final intitulé « Références », il écrit :

« L’absence d’un dictionnaire de l’Affaire Dreyfus est particulièrement criante… » Il retient deux ouvrages en ces termes : « Il en est deux qui dominent le tout. Les quarante-trois volumes de Maîtron forment une somme inégalée… Henry Coston est différent. Il prend un malin plaisir à divulguer l’origine antifasciste de certains collaborateurs… Son style, certes, a évolué. Il houspillait les juifs avant 1939 ; s’il traquait furieusement les « youtres » entre 1940 et 1944, il s’attache désormais, d’une plume affligée, à épingler et recenser les « israélites ». Les quatre volumes de son Dictionnaire de la Politique française n’en constituent pas moins — pourvu qu’on prenne soin d’en vérifier les références, lesquelles d’ailleurs sont assez souvent exactes-une source non négligeable de renseignements ».

Retenons cet hommage d’un auteur qui n’a certainement pas beaucoup de sympathie pour Coston, mais qui reconnaît ses mérites puisqu’il n’hésite pas à le comparer à Maîtron, auteur effectivement très documenté sur les personnages de gauche et d’extrême gauche.

Ajoutons que le livre d’Epstein, excellent analyse sur un des aspects de la période de l’Occupation, s’il a fait l’objet de deux articles dans Le Figaro littéraire, a été complétement « silencié » par Le Monde et par Libération.

Ça vous étonne ?

Quelques mots pour finir sur Coston (il faudra revenir sur le sujet). Il a été aussi l’animateur d’une petite publication mensuelle Lectures françaises, bourrée, elle aussi, de renseignements. J’ai dit qu’il était un « documentaliste » sans égal dans les milieux nationalistes. Pour autant, je ne partage pas toujours ses analyses, en particulier en ce qui concerne la crise du Front.

Mais ceci est une autre histoire.

Roland GAUCHER
Ancien député européen,
ancien directeur de National hebdo et du Crapouillot.

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