Entretien paru dans le N° 82 (avril-mai 1980) de la revue Lecture et Tradition

Lecture et Tradition : M. Henry Coston, vous avez célébré votre jubilé de journaliste en 1976. Depuis cinquante-quatre ans, vous appartenez donc à cette phalange de rédacteurs et de collaborateurs de la presse nationale qui s’est dévouée sans compter pour la défense de nos traditions et des intérêts Français.

Depuis 1926, vous éclairez nos concitoyens, vous les informez, vous les documentez, en un mot, vous les guidez dans le dur combat que nous menons ensemble contre les idéologies pernicieuses et contre ceux, groupes et gens, qui veulent nous les imposer.

Qu’est-ce qui vous a conduit à vous jeter ainsi , très jeune. dans la mêlée ?

Henry Coston : Il y a plus d’un demi-siècle, en effet, que j’ ai publié mon premier article. Acquis aux idées nationales, j’enrageais de ne pouvoir participer plus activement à la diffusion de celles-ci dans ce Lot-et-Garonne où mes parents s’ étaient installés en 1920 et où ils reposent dans le petit cimetière de Saint-Sulpice, une paroisse rurale du canton de Villeneuve-sur-Lot.

La circonscription était, alors, représentée au parlement par un politicien méconnu – l’ héritier du millionnaire (en francs-or) Chauchard (des Grands Magasins du Louvre) – qui passait pour franc-maçon et qui avait marié sa fille à un banquier juif. Habile et retors, Georges Leygues – c’est le nom de ce politicien qui fut plusieurs fois ministre, notamment de la Marine, et même président du Conseil au temps de Mitterand – avait su se concilier les sympathies du clergé villeneuvois en participant à la reconstruction de l’ église Sainte-Catherine, tout en conservant la confiance des anti-cléricaux de l’ endroit dont le chef de file, vénérable de loge et conseiller général radical , l’illustre Papon, présidait son comité électoral.

Une expérience vieille de cinquante ans

C’est par des articles résolument anti-Leygues et violemment anti-maçonniques que débuta ma collaboration au Paysan du Sud-Ouest, fin 1926. Je devins, ensuite , rédacteur-correspondant de L’ Express du Midi, toujours à Villeneuve-sur-Lot, puis à Paris, à partir de 1930.

Lecture et Tradition Ces journaux Il ‘existent plus?

Henri Coston : Non, ils ont disparu. le premier pendant la guerre, le second à la Libération. Le Paysan du Sud-Ouest qui était hebdomadaire, paraissait à Tonneins, en Lot-et-Garonne, et rayonnait sur tout le département. Il était animé par un vieux journaliste devenu imprimeur par nécessité, Georges Audebez, et l’entreprise – presse et imprimerie – était présidée par le comte de Montbron . Quant à L’Express du Midi, qui s’appela ensuite La Garonne, c’était un quotidien toulousain qui avait une douzaine d’ éditions départementales, dont une pour le Gers et le Lot-et-Garonne. Elmar de Palaminy présidait son conseil d’ administration et Gaston Guèze était son rédacteur en chef. Comme le précédent il s’ agissait d’un journal national et traditionaliste.

Lecture et TraditionVous êtes donc « monté » à Paris et, là, qu ‘avez-vous fait en dehors de votre collaboration régulière à L’Express du Midi ?

Henri Coston : Il faut que je vous dise qu’en 1928, j’avais créé mon propre journal, une bien modeste feuille qui n’eut d’ailleurs que deux numéros. Ce mensuel s’ appelait La Contre-Révolution. En janvier 1930, avec mes étrennes de jeune homme et un petit crédit chez l’imprimeur, celui de Tonneins, Georges Audebez – j’avais lancé, de Villeneuve-sur-Lot, un autre journal, à prétentions nationales – il eut d’ailleurs des abonnés dans de nombreux départements du Midi et de l’Ouest – qui avait pour titre La Nouvelle France. Ce petit journal mensuel me suivit naturellement à Paris en mars 1930 et il se transforma, six mois plus tard en Libre Parole qui vécut jusqu’ en avril 1939.

Lecture et Tradition : N’était-ce pas le titre du journal d ‘Edouard Drumont ?

Henri Coston : C’est cela. Le quotidien fondé par Drumont en 1892 avait été étranglé par son dernier directeur, le député Joseph Denais, qui en était devenu le « patron » lorsque le fondateur, malade, avait du abandonner la barre. Drumont était mort en 1917 et son quotidien l’avait suivi dans la tombe sept ans plus tard.
En 1928, mon ami Jacques Ploncard avait tenté de le ressusciter avec d’anciens collaborateurs du vieux maître, Jean Drault et Albert Monmot. Mais une « révolution de palais » l’avais déposé du journal le mois suivant. La libre Parole vécut, cahin-cahan, jusqu’en octobre 1929 et le titre tomba dans le domaine public, ce qui me permit de le reprendre un an plus tard.

Lecture et Tradition : Vous n’aviez que vingt ans et Jacques Ploncard d’Assac n’en avait guère plus, puisqu’il est né, lui aussi, en 1910 ?

Contre les puissances occultes et financières

Henri Coston : C’est exact. A vingt ans, on a toutes les audaces. Il en fallait pour lancer, alors, un journal nettement anti « Haute Finance» résolument anti « Grand Orient » et violemment hostile au Régime. D’abord journal, La Libre Parole devint revue à partir de l’été 1932 : j’avais compris que, ne pouvant atteindre le grand public, je devais me consacrer à l’éducation politique, à la documentation de nos amis « nationaux », comme on disait alors. La Libre Parole, sous la forme d’une revue de 32 pages, du format de nos Lectures Françaises actuelles, donnait des informations inedites, publiait des documents inconnus, parfois secrets…

Lecture et TraditionCes documents secrets, n’était-ce pas des documents émanant de la Franc-Maçonnerie?

Henri Coston : Justement: depuis la disparition de la première Libre Parole, de La Franc-Maçonnerie démasquée de Tourmentin, et de La Vieille France d’Urbain Gohier, le mouvement national n’avait guère de revues de documentation sur les puissances occultes et financières, hormis la revue de Mgr Jouin, fort bien rédigée, mais qui utilisait, alors, une documentation vieillie, remontant souvent au siècle précédent, et la revue de l’abbé Duperron, qui paraissait très irrégulièrement, faute de moyens financiers. Jacques Ploncard avait tenté de doter ses amis d’une publication de ce genre en 1927, La Lutte, mais s’était heurté, lui aussi, à de graves difficultés financières. A côté de La Libre Parole, j’avais créé en 1933 une maison d’édition qui fit paraître, au cours des années 1934-1935, plusieurs ouvrages dont l’ami Jacques et moi-même étions les auteurs (sur la F. M., bien sûr, mais aussi sur l’affaire Stavisky, sur la Haute Finance Internationale, déjà ! sur le marxisme). J’avais également lancé, avec un ouvrier de chez Renault, nommé Bourgoin, un mensuel anti-communiste, La Révolte ouvrière (début 1931) qui se transforma en France Ouvrière et parut plusieurs années durant. L’un de ses principaux rédacteurs était un jeune homme, plein de fougue, fils d’un colonel, qui venait à nos conseils de rédaction en rasant les murs, son père lui interdisant « de faire de la politique » et de sortir le soir, après vingt-et-une heures. Cet ardent militant, qui devait faire beaucoup parler de lui par la suite, c’est Henri Charbonneau.

Lecture et Tradition : Vous avez, ainsi, jusqu’à la guerre, publié La Libre
Parole et des livres. Et après la guerre? 

Henri Coston : A la Libération, le pétainiste que j’étais à tout perdu : les biens hérités de ma mère, décédée à Villeneuve-sur-Lot en 1943, ma bibliothèque – plus de 2 000 volumes et d’importantes collections de revues – mes dossiers et mes fiches. J’ai du tout recommencer en 1951 ; les archives que je possède aujourd’hui datent de l’après-guerre.

Lecture et Tradition : Vous semblez attacher beaucoup d’importance à la documentation et à l’information politiques, plus que beaucoup de vos confrères ou camarades de combat…

Il faut bien connaître l’adversaire

Henri Coston : C’est vrai. Pour combattre efficacement un adversaire, il faut le bien connaître. La plupart des échecs enregistrés par nos amis politiques depuis trente ans s’expliquent par la méconnaissance totale des intentions et de la tactique des « gens d’en face ». Les « nationaux» mènent un combat d’aveugles à voyants. Le courage et le dévouement dont ils font preuve ne sont pas en cause. Il ne suffit pas d’être convaincu soi-même pour vaincre l’adversaire et pour convaincre les autres. Il faut être politiquement formé et informé, bien connaître les questions qui préoccupent les Français d’aujourd’hui, ne rien ignorer des idées ou des visées de ceux que l’on combat, être en mesure de déjouer leurs plans et de démasquer leurs agents. J’insiste particulièrement sur ce point, car l’adversaire a des agents dans nos rangs, et, croyez-moi depuis une quinzaine d’années, il a su noyauter les milieux modérés et nationaux…

Lecture et Tradition : Voulez-vous dire, par exemple, que la Franc-Maçonnerie a réussi à introduire plusieurs de ses affiliés dans nos rangs?

Henri Coston : Bien sûr. Et ces personnages, au demeurant pas forcément antipathiques et souvent de valeur, exercent dans nos milieux une influence particulièrement dangereuse. La Franc-Maçonnerie étant une société secrète, on ignore généralement la qualité maçonnique de ces gens ; il faut donc s’informer.

Lecture et Tradition : Ce n’est pas facile, les publications maçonniques étant réservées aux seuls francs-maçons. Néanmoins, dans vos livres et dans Lectures Françaises, que vous dirigez depuis vingt-trois ans, vous donnez des précisions que l’on trouve difficilement ailleurs.

Henri Coston :Nous avons, c’est vrai, désigné quelques-uns des frères francs-maçons infiltrés dans la presse lue par nos amis ou appartenant à l’état-major de certains groupes modérés: le directeur d’un hebdomadaire et d’un mensuel nationaux, le collaborateur d’un important groupe de presse, directeur, par surcroît, du supplément hebdomadaire d’un grand quotidien conservateur, deux dirigeants du Centre des Indépendants et Paysans, que sais-je ?…

C’est à l’intention de ceux qui veulent savoir ce qui s’est tramé dans les loges depuis la proclamation de la République en 1870 que j’ai publié La République du Grand Orient (Un
État dans l’Etat), complété par La Franc-Maçonnerie au Parlement (signé Saint-Pastour, un autre moi-même) qui donne les noms de 1 000 députés et sénateurs des trois Républiques.

Sous le pseudonyme de Georges Virebeau, j’ai édité également Prélats et Francs-Maçons, où figurent des documents révélateurs sur les tractations secrètes entre des dignitaires de l’Église et de hauts gradés de la Maçonnerie. Il y a aussi ma petite brochure contenant les textes du Vatican contre les sociétés secrètes: Les Papes et la Franc-Maçonnerie.

Lecture et Tradition : Vous avez également publié Infiltrations ennemies dans l’Église, avec plusieurs amis. Mais ce n’est pas là l’essentiel de votre oeuvre. Vous vous êtes occupé aussi des puissances financières …

Henri Coston : … qui soutiennent l’État comme la corde soutient le pendu 1… J’ai, en effet, publié plusieurs ouvrages sur les puissances d’argent, sur cette féodalité moderne qui régente l’administration et contrôle le Gouvernement, qui tient en laisse nos parlementaires – du moins la majeure partie d’entre eux – et qui commandite la presse, bref qui domine la France et les Français d’aujourd’hui. C’est en 1955, que j’ai fait paraître Les Financiers qui mènent le monde, qui eut 15 éditions successives – dont la dernière a paru l’an dernier. Ensuite, j’ai publié La Haute Banque et les Trusts, L’Europe des Banquiers

Lecture et TraditionN’est-ce pas dans L’Europe des Banquiers que vous expliquez que l’Europe qu’on nous fabrique, et dont Madame Veil – la « merveille» (Mère Veil), comme vous dites – préside aujourd’hui le parlement, est une entreprise de supercapitalistes ?

Henri Coston : J’explique dans ces 380 pages que ce sont les milieux d’affaires et les politiciens à leur solde qui ont organisé la « Communauté européenne » dont Jean Monnet, agent de la Haute Finance, a jeté les bases. Pour bien montrer à nos amis que ces super-capitalistes ne sont pas les adversaires déterminés des révolutionnaires marxistes – ce que pensent les gens mal informés – j’ai écrit La Haute Finance et la Révolution où j’apporte la preuve formelle de la collusion des grands financiers, juifs pour la plupart, avec les bolchevicks. Ce petit livre contient également des précisions sur les commanditaires de l’Humanité, ainsi que des révélations sur la participation financière du « gros argent », comme disait mon ami Beau de Loménie, avec les révolutionnaires italiens et allemands
d’hier.

« La République, c’est le règne de l’Étranger »

Lecture et Tradition : Vous avez aussi attiré l’attention de vos lecteurs sur L’invasion des capitaux étrangers en France…

Henry Coston : … Surtout sur le monopole de fait qu’exercent, en France, des trust étrangers. Déjà, en 1926, l’Action Française proclamait clans une affiche célèbre « La République, c’est le règne de l’Etranger ». Ça n’a pas changé. Dans La France à l’Encan, j’explique que le gouvernement a laissé les banques cosmopolites et les multinationales mettre la main sur plusieurs secteurs considérables de l’économie française: la distribution du pétrole, en grande partie, l’électronique, le caoutchouc synthétique, la margarine, le matériel agricole, la biscuiterie, que sais-je encore? La France a été vendue en morceaux au capitalisme international… Je confirme cela dans Le Secret des Dieux, où je montre financiers et politiciens, affairistes et démagogues, curieusement mêlés, sordidement complices, mettant notre pays en coupe réglée – et cela, depuis le XVIII’ siècle, lorsque les agioteurs sapaient la Monarchie séculaire et lui substituaient une République moins sévère à l’endroit des féodalités.

Lecture et Tradition : Même au temps du Général De Gaulle?

Henri Coston : Oui, même sous le proconsulat de l’Homme du 18 juin. Car, pour lui, « L’Intendance suit »… Au moment même où il se montrait agressif ou arrogant a l’égard des Américains en tout cas fort désagréable avec la Maison Blanche, il signait un décret le 28 décembre 1958, puis deux autres les 15 mai et 26 juin 1959, qui facilitaient la colonisation économique de la France en autorisant ,les investisseurs américains et autres à rapatrier sans difficulté le produit de la liquidation de leurs investissements; ainsi que les profits réalisés par eux. Je donne toutes les précisions dans La France a l »Encan et je fais le bilan de l’expérience De Gaulle dans Onze ans de malheur, qui évoque, année par année, ce
« règne» néfaste.

Lecture et Tradition : Vos quatre gros dictionnaires fournissent des milliers d’exemples de cet envahissement de la politique et de l’économie françaises. Qu’est-ce qui vous a incité à les écrire et à les publier ? C’est un travail considérable et, depuis Jaurès et Sébastien Faure pour la gauche, Charles Maurras pour la Droite, personne n’avait osé l’entreprendre.

Henri Coston :  Je vous l’ai dit au début de cet entretien; j’attache beaucoup d’importance à la documentation politique. Il faut que nos amis soient informés. s’ils ne connaissent pas leurs adversaires – ou s’ils les connaissent mal – Ils sont désarmés dans une discussion, ils ne peuvent répondre efficacement aux objections qu’on peut leur faire, aux arguments qu’on
leur oppose souvent. Dans le Dictionnaire des Dynasties Bourgeoises, j’ai présenté les grandes familles politiques et financières qui occupent, de génération en génération, une position dominante chez nous. Le Dictionnaire de la Politique Française, dont le tome III a paru l’an dernier – aucun de ses trois volumes ne répète ce qu’il y a dans les autres, et, dans chaque tome, les articles et notices sont classés dans l’ordre alphabétique – ce dictionnaire, dis-je, contient tout ce qu’il faut savoir dans le domaine de la politique : sur les doctrines et les doctrinaires, sur les hommes politiques, les élus et les cadres, sur les partis, les clubs et les groupes,. de l’extrême droite à l’extrême gauche, mais aussi sur les Journaux et les revues, les postes radiophoniques, ceux qui les dirigent, les commanditent ou y collaborent. En outre, j’ai publié dans le tome II la nomenclature complète des gouvernements depuis 1789 avec les noms de tous les présidents, ministres et sous-ministres.

Des archives politiques faciles à consulter.

Lectures et Tradition : Ces 2 700 pages constituent de formidables archives faciles à consulter. ..

Henry Coston : Vous dites là ce qu’un rédacteur en chef de journal provincial m’écrivait naguère: « Grâce à vous, notre hebdomadaire possède enfin des archives que seuls les grands quotidiens pouvaient s’offrir jusqu’ici… »

Toujours dans le domaine de la documentation, j’ai également publié trois volumes d’un Dictionnaire des pseudonymes et deux d’un Dictionnaire des changements de nom. Il n’est pas inutile, croyez-moi, de savoir que M. Untel porte un nom qui n’était pas le sien à l’origine, ou qu’il signe ses articles d’un pseudonyme…

Lecture et Tradition : En consultant la page 6 de votre dernier livre, nous constatons que vous avez publié une vingtaine de livres importants en vingt-cinq ans. Votre puissance de travail, bien souvent soulignée par vos confrères et vos amis, est stupéfiante.

Henry Coston : Depuis les années 30, j’ai publié effectivement une bonne trentaine de volumes, dont beaucoup sont épuisés (quelques-uns ont été réédités par Jean-Gilles Malliarakis, comme Les Financiers qui mènent le Monde, Les Technocrates et la Synarchie, et La République du Grand Orient). Tous ont été écrits dans l’intention d’informer mes contemporains. C’est un labeur souvent ingrat et fastidieux, et je comprends que, hormis quelques professeurs dont c’est le métier d’enseigner – et qui sont aidés par leurs meilleurs élèves – peu d’auteurs, à droite comme à gauche, se soient donné cette peine. Tout cela représente, en effet, un gros travail de recherche et d’analyse. Savez-vous qu’un livre comme le premier tome du Dictionnaire de la Politique Française a exigé plus de 15 000 heures de travail – j’ai fait le calcul – Il est vrai que j’ai été très sérieusement secondé par ma femme et, parfois aussi, aidé par des amis surtout durant les derniers mois de la rédaction et de la correction.

Je suis assez satisfait de l’accueil que le public fait à mes livres. Je le serais bien davantage si j’avais la certitude que tout ce que j’ai fait, que tout ce que je ferai encore, éclairera suffisamment les Français pour les inciter à réagir.

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