C’est en gros la réponse qui a été faite aux auteurs d’une brochure de 80 pages par d’autres spécialistes du droit du travail – avocats, magistrats, universitaires – en général « proches » de la gauche sous différentes déclinaisons. Cette réaction bruyante s’explique tant par le contenu des propositions que par la personnalité des auteurs.

Selon les critiques, un des coauteurs serait coupable de développer un discours proche – c’est affreux ! – des idées patronales. Il s’agit d’Antoine Lyon-Caen, une sommité universitaire : professeur de droit durant un peu plus de trente ans à l’université de Nanterre, directeur des études à l’École des hautes études en sciences sociales (AHESS), directeur de La Revue de droit du travail.

Arrêtons-nous quelques minutes sur cette famille aux fortes capacités mises au service de ses convictions. Les Caën furent autorisés à s’appeler Lyon-Caen en janvier 1882. Depuis le début du XXe siècle, ils ont obtenu, à chaque génération, des titres et charges universitaires impressionnants. Tout particulièrement dans le domaine du droit. Ils furent professeurs en faculté et à Sciences Po ou magistrats, avocats… et publièrent beaucoup.

Ainsi, Gérard Lyon-Caen, mort en 2004, était considéré comme un des « plus prestigieux professeurs de droit français », spécialisé dans le droit social. Il fut à l’origine de la loi « sur les libertés publiques et l’emploi » qui devint la loi Aubry.

Deux de ses fils, Antoine et Yves, ont suivi sa voie comme juristes, le troisième Olivier, neurologue, est professeur de médecine. Il est le conseiller médical de François Hollande et membre du Siècle. Depuis au moins cinq générations, la famille est ancrée très à gauche, certains militèrent ou furent « proches » du PC. Depuis, leurs descendants ont un peu évolué.

Revenons au petit livre « Le travail et la loi » (Éd. Fayard) cosigné par Robert Badinter et Antoine Lyon-Caen. Aujour-d’hui ce dernier travaille comme consultant dans un cabinet d’avocats renommé, la SCP Lyon-Caen & Thiriez. Homme de gauche, il milite en siégeant dans le comité scientifique de l’Observatoire de la discrimination et de la répression syndicale. C’est dire qu’il est (était) apprécié des syndicats de gauche. Tous ces certificats et titres prouvant qu’il appartient au camp du « bien », n’ont pas empêché qu’il soit vertement accroché pour son livre.

Inutile de s’étendre sur Robert Badinter, personnalité politique et juridique insubmersible. Ces deux hommes qui se connaissent depuis plus de trente cinq ans et qui désiraient rendre accessible au grand public (en particulier « pour le patron d’une petite entreprise ») ce droit touffu, ont osé écrire que le droit du travail était « perçu comme une forêt trop obscure », quel scandale !

Ils ont aggravé leur cas en estimant que cette complexité « joue contre le recrutement de salariés complémentaires ». Ce qui a fait sursauter une partie des juristes de gauche, c’est la présence comme co-auteur de celui qui passait pour un irré­ductible, Antoine Lyon-Caen, qui s’était toujours « opposé à toute modification comme celle de donner plus de place aux accords de branche ». Les mêmes lui reprochent le fait que ce travail ait été salué par le Medef !

De plus l’ouvrage est sorti en juin, quelques semaines après l’installation d’une commission décidée par Matignon, devant travailler à « élargir la place de l’accord collectif dans notre droit du travail et la construction de normes sociales ». Le professeur Lyon-Caen y siège. Ses anciens collègues universitaires de gauche lui reprochent de ne pas avoir parlé des 35 heures… Ce remue-ménage indigné montre bien que pour les idéologues, il est interdit « de discuter de la forme et du contenu du droit du travail » (Le Monde, 19/08/2015).

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