Les avis littéraires de M. Valls

Le Premier ministre aime rappeler qu’il fut, un temps, chargé de l’Intérieur, responsable théorique du maintien de l’ordre public. Depuis son installation à Matignon, il a étendu sa fonction à celle de la censure des livres. Disposant sans doute, de nombreux loisirs, il ne peut résister au plaisir de nous parler d’essais et de littérature. En quelques semaines, nous avons en effet pu observer qu’il avait à cœur de donner aux Français des conseils de lectures.

Je récapitule ses dernières interventions littéraires.

http://www.chire.fr/A-191994-le-suicide-francais-ces-quarante-annees-qui-ont-defait-la-france.aspx

Face au très gros succès d’Eric Zemmour avec son ouvrage « Suicide français », dans lequel il a peut-être trouvé trop acides les critiques exprimées à l’encontre de son équipe, M. Valls a tranché :

« ce livre ne mérite pas d’être lu ».

Même sévérité de l’Inquisiteur des lettres pour le livre Soumission de Houellebecq.

Je note qu’il a fait connaître sa docte sentence le lendemain de la parution du livre. Serait-il insomniaque ?

Il s’en prend à la description d’une France dirigée par un président musulman : « La France, a tranché le ministre, ce n’est pas Michel Houellebecq, ce n’est pas l’intolérance, la haine, la peur… ». En conséquence il déconseille la lecture de celui qui avait reçu le prix Goncourt en 2010.

J’ai évoqué ici que notre insatiable et omniscient lecteur avait été cavalier avec Michel Onfray le philosophe athée, de gauche mais lucide. Voici plus de détails. Dans un entretien parue dans Le Point, Manuel Valls se plaignait que les Français aient perdu leurs repères habituels (sous-entendu : qui les faisaient « bien » voter). Il mit en cause la responsabilité des écrivains de ne pas « militer » pour les « bonnes » idées (de gauche), ce qu’il appelle les « repères » dont la perte « mène aux succès électoraux du Front national » ! En particulier Michel Onfray qui, selon Valls, manquerait de « repères ». Cette attaque faisait clairement allusion à une réponse du philosophe lors d’un entretien à la presse. Poussé à plusieurs reprises par un journaliste, il avait eu le courage de dire : « … je préfère une analyse juste d’Alain de Benoist à une analyse injuste de Minc, Attali ou BHL ». Bene, recte, optime ! On comprend d’autant mieux le courroux ministériel quand on sait qu’après réflexion, Onfray avait répondu à la remarque de Valls par : « c’est un crétin ».

Pas de circonvolutions ni de nuances, pas d’arguties médicales non plus : « crétin des Alpes » ? « crétin catalan » ? Le doute subsiste… et le ministre avait son billet.

Notre fin lecteur qui ne détèle jamais, a trouvé un autre écrivain à sa mesure sur son sujet de prédilection, Emmanuel Todd.

C’est un des intellectuels mondains les mieux médiatiquement servis. Il intervient sur toutes les chaînes, dans toutes les revues. Comme les autres, il se flatte d’être de gauche, mais sociologue et historien et ne se contente pas de lancer des opinions en marge des canons officiels. Il vient de publier « Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse » (Seuil). Dès sa parution ce travail a soulevé des remous. L’auteur a étudié la composition sociale des manifestants du 11 janvier et en tire des conclusions variées. Il a cherché à comprendre « l’accès d’hystérie » de cette mobilisation et il dénonce comme une imposture la présentation d’une union nationale.

Surtout il cherche à rendre cohérentes plusieurs données : une foule majoritairement issue de la classe moyenne, des bobos, l’injonction (officielle) répétée, à manifester. Ses réponses peuvent sembler manquer de logique : il y voit une France blanche des catégories supérieures (?), habitant les anciennes terres catholiques, ne pratiquant plus ; ce sont les « catholiques zombies ». Mais qui se dresserait, selon M. Todd, contre la religion des faibles (sic), soit contre les musulmans. Il propose de combattre la nouvelle « hystérie laïciste » qui n’est, affirme-t-il, qu’une religion qui ferait de l’islam son bouc émissaire…

Il est difficile de souscrire à un tel méli-mélo.

Là n’est pas ici mon souci. Je voulais signaler que, sans attendre, les « plumes » du Premier ministre ont travaillé à nouveau d’arrache-pied pour faire connaître à la France hésitante la vision vallsienne. Cette fois le texte fut plus long. J’en retiens le discours récurrent contre les intellectuels dont les diagnostics pessimistes alimentent la « dépression » de la France. Pour le ministre ou son « nègre » -agrégé, le déclin constaté pourtant unanimement, est « devenu une idéologie ». Puis la réponse énumère les quatre impostures et tente d’y répondre. En résumé, nous avons trouvé léger ce grief à l’encontre des précédents auteurs, M. Valls s’en prend aux intellectuels « qui ne croient pas en la France ». Sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, je trouve que cette formule fleure bon la « réaction vichyste ».

Ceci dit, Manuel Valls devrait prendre garde à ne pas se surmener. Parti comme il est, il va devoir signer des centaines, des milliers de commentaires, articles et autres critiques sur les livres qui vont continuer de paraître. Dans mon désir sincère pour l’aider à se rasséréner, je lui proposerai de relire Péguy, Jacques Perret, les bons livres d’histoire, ceux du « roman national » et, pour se détendre, la collection de l’almanach Vermot.


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