Les milliards de dollars rapportés par la vente du pétrole avaient été placés par les proches de Kadhafi dans divers fonds souverains.

En particulier celui de la « Libyan Investment Authority » (LIA). Ses quelque 67 milliards de dollars (environ le PIB de la Libye), sont l’enjeu d’un conflit juridique majeur à Londres. L’on sait qu’aujourd’hui il n’y a plus d’Etat libyen mais deux gouvernements autoproclamés issus de la guerre civile qui se poursuit[1. A l’est, à Tobrouk, près de la frontière égyptienne, se trouve une partie de l’administration, des anciens proches du régime Kadhafi, des groupes anti-islamiques avec à leur tête, le premier ministre Al-Thani.

Ce « gouvernement a l’avantage d’être reconnu par les Occidentaux et l’ONU ». A l’ouest, une coalition hétéroclite, nommée Aube de la Libye, regroupe des anciens anti-kadhafistes et des islamistes. Les deux gouvernements ont subi des violentes attaques de la part des troupes de Daech qui, à Misrata et à Syrte, ont progressé à coups d’attaques suicides. Les deux gouvernements ont appelé à combattre les terroristes de l’EI. En juin, ils se sont rencontrés au Maroc pour tenter un rapprochement.]

kadhafiEn 2007, Kadhafi  ayant débloqué les pétrodollars, deux banques internationales, Goldman Sachs et la Société générale, vendirent des milliards de dollars de produits financiers à la LIA.

Survint la crise financière qui entraîna la chute de ces investissements. En 2011, le dictateur libyen ayant été « liquidé » grâce à l’intervention des Occidentaux, la LIA poursuivit en justice les deux banques.

La procédure a été lancée en mars 2014 devant une cour commerciale londonienne sous l’accusation que les deux banques avaient profité de l’ignorance des dirigeants quant aux techniques financières internationales. Selon le dossier, il apparaît que les banques ont effectivement su « gagner la confiance » des employés de la LIA.

Goldman Sachs par des séjours de luxe au Maroc, la Société générale par des versements de 58 millions de dollars en pots-de-vin à un proche d’un fils Kadhafi. Tout cela pour encourager les employés en question d’acheter les produits financiers proposés.

La procédure (sur les deux banques) a suivi son cours et le « procès était attendu pour l’année prochaine »… alors que la guerre civile s’envenimait. « Preuve que quelqu’un, quelque part, payait les frais de justice » (Le Monde, 13/05/2015). Fin avril dernier, le cabinet Enyo Law annonça brusquement qu’il abandonnait le dossier ; le 10 mai, la LIA fit savoir qu’elle avait choisi un nouveau cabinet d’avocats et révéla qu’elle faisait désormais l’objet d’une lutte « au sommet ».

Quand on se dispute un magot de cette taille, le schéma s’embrouille

L’ancien président de la LIA, Ben Yezza, remercié en octobre 2014, mais se prétendant toujours en fonction, a choisi un autre cabinet d’avocats.

Puis les cartes ont été rebattues.

On se retrouve en 2015 avec deux nouveaux présidents de la LIA, issus du reste tous deux de la diaspora libyenne : A. Breish et H. Bouhadi.

Ce dernier étant le seul nommé par Tobrouk qui avait choisi de faire passer une partie du personnel (200 employés) à Malte, est reconnu par les instances internationales. Selon un porte-parole de la LIA, « 97 % des investissements de celle-ci,  sont hors de Libye et ils peuvent être gérés de n’importe où dans le monde ».

Le mondialisme montre une fois de plus sa grande souplesse pour favoriser les bénéfices de la haute finance.

Reste à la justice britannique de trancher qui représente le fonds souverain libyen. Et mois après mois, la situation semble de plus en plus opaque. Il s’est dit, en juin, que la procédure judiciaire contre Goldman Sachs et la Société générale était fragilisée. Bref la confusion persiste. Mais on n’a pas d’exemples que des milliards restent gelés très longtemps.

Les avocats n’ont pas fini de travailler… pour savoir qui pourra être désigné comme gestionnaire des 67 milliards de dollars gelés de la LIA… jusqu’au moment où, en Libye, Daech et ses alliés mettront tout le monde hors jeu en s’emparant sinon du pactole mais des champs pétrolifères.

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