Avec l’obstination de ceux qui se savent puissants, la Chine poursuit sa politique d’expansion maritime. Le secrétaire d’Etat américain John Kerry s’en est rendu compte à la mi-mai lors d’un voyage de deux jours à Pékin. Il était venu porter un message de « fermeté » portant sur la frénésie de constructions de la Chine en mer de Chine du Sud. Systématiquement les Chinois, depuis des mois, transforment en îles artificielles les récifs et atolls contestés de l’archipel des Spratleys. Ils ont d’abord argué que ces chantiers étaient destinés à rendre des services à la Chine et aux pays voisins, comme abris antityphons ou centres de sauvetage.  Le Pentagone, pas dupe, avait fait savoir qu’il envisageait un envoi de navires ou d’aéronefs dans la zone. Depuis des années cet archipel est revendiqué par six États : la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Taïwan et Brunei. En quelques mois, depuis 2014, les photos de satellites en font foi, les atolls ont été partiellement bétonnés ou transformés en polders dotés de pistes d’atterrissage. Tous les riverains de la mer de Chine du Sud estiment que la Chine viole ainsi la Déclaration de conduite adoptée ne 2002 qui parlait de « retenue », de ne rien faire qui puisse aggraver les différends. L’amiral Harris chef de la flotte du Pacifique, en visite à Canberra, a dénoncé l’absence de fondement juridique de grande zone réclamée par la Chine. Le gouvernement chinois a répondu, le 26 mai, par un Livre blanc dans lequel il confirme son plan de transformer la Chine en puissance navale.

Aymeric Chauprade
Aymeric Chauprade

Un des meilleurs experts français de géo­stratégie, Aymeric Chauprade a clairement analysé cette tentation chinoise de devenir une grande puissance navale.

Il distingue les trois objectifs géopolitiques dont certains sont effectivement brandis par Pékin :

  • La Chine affirme vouloir sécuriser les routes maritimes emprun­tées par 90 % du commerce international chinois dont son important approvisionnement pétrolier.
  • Elle réclame de pouvoir exploiter les ressources pétrolières au large (« offshore ») et halieutiques. Ce qui explique la revendication de la mer Jaune et de la mer de Chine qui, pour les Chinois, a le même intérêt stratégique que Taïwan, le Tibet ou le Xinjiang. Ils font remarquer qu’aujourd’hui, la Chine première puissance économique mondiale dispose en zone économique exclusive (ZEE) de près de 800 000 km². Elle revendique une zone de 3 millions de km².
  • Elle veut avoir accès sans restriction au grand large du Pacifique qu’Obama a déjà fixé comme la prochaine zone d’expansion pour les États-Unis. On comprend mieux pourquoi les chefs d’États de la région disent avoir peur.
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