Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France a présenté, le 5 mai dernier, le rapport annuel de l’établissement. Après douze ans de mandat, il devra quitter son poste et cela explique peut-être la franchise avec laquelle il a dressé un bilan sans complaisance des difficultés économiques de notre (?) pays. Du reste ni l’institution ni le gouverneur ne sont là pour dorer la pilule aux Français.

M. Noyer a rappelé les « détails » qui déplaisent. Il a insisté sur la principale lacune, l’incapacité à juguler le chômage spécialement celui des plus jeunes :

« La France est impuissante à créer des emplois nécessaires à ses jeunes ».

Pour 2015 et 2016, les perspectives de croissance sont bien plus modestes que dans le reste de la zone euro. Il a bien vu le danger principal qui guette nos « dirigeants » actuels : le laisser aller.

Profitant des conjonctures extérieures à leur politique – la dépréciation de la monnaie unique face au dollar, la baisse des cours du pétrole, qui nous a donné un demi point de croissance où ils ne sont pour rien – ils risquent fort, estime M. Noyer (photo), de se laisser « anesthésier » par « le niveau extrêmement bas des taux d’intérêt ». Attention, dit en substance le gouverneur, une hausse durable d’un point de l’ensemble des taux d’emprunt en 2015, coûterait 40 milliards d’euros aux finances publiques soit deux points de PIB d’ici à 5 ans.

M. Noyer a rappelé que la dette publique atteignait déjà près de 95 % du PIB ; nos dépenses publiques sont à 57 % du PIB, soit le record parmi les pays développés « sans qu’il en résulte un accroissement du bien-être ». Encore plus grave lui semble la faiblesse des performances économiques françaises. Reprenons les chiffres du gouverneur : entre 2010 et 2013, les investissements de l’industrie manufacturière a progressé de 12,1 % … contre 20,3 % en Allemagne (selon Eurostat). Le taux de marge des entreprises, déjà bas, a chuté selon l’Insee de 33,5 % à 30 %. Pourquoi ?

Pour les raisons que nos concitoyens connaissent pour leur malheur : des dépenses publiques mal maîtrisées ; des réformes constamment freinées, rognées ; un marché du travail bloqué par les « rigidités » telles la complexité du code du travail et des contrats de travail. A côté d’un régime « très protecteur qui dissuade l’embauche », on a « des régimes précaires dont l’importance croît».

M. Noyer a clairement critiqué les tentatives de réformes du gouvernement hollandiste. La réforme de la formation professionnelle (mars 2014) est jugée peu efficace ; celle de l’assurance-chômage ? Insuffisante ; la libéralisation des professions réglementées ? Trop timide… En résumé a-t-il conclu

«A cause de notre choix d’un Etat toujours plus lourd et plus dépensier, nous laissons à nos enfants, qui prendront leur retraite à 65 ou 67 ans, un pays endetté, un niveau de chômage insupportable et un potentiel de croissance plus faible que jamais.»

(cité par Le Monde, 07/05/2015). Et il n’a pas retenu comme cause aggravante de nos lacunes, la faillite de l’éducation !

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