Rapidement sinon furtivement, GDF Suez, groupe international industriel et de services, un des principaux géants mondiaux de l’énergie et de l’environnement, a annoncé, fin avril, que son nouveau nom sera désormais Engie. Il nous fut expliqué que le groupe avait changé et que la crise du gaz en Europe l’amenait à revoir sa stratégie et son organisation. C’était du moins la décision de ses grands patrons, Gérard Mestrallet et Isabelle Kocher, celle qui doit lui succéder l’an prochain.

Finies les références à l’ancien monopole Gaz de France et à la compagnie fondée en 1858 par Ferdinand de Lesseps dans le but initial de creuser le canal de Suez. La « Compagnie universelle du canal de Suez » fut créée dans ce but et prospéra pendant un siècle. En 1956, Nasser nationalisa le canal mais les actionnaires de la compagnie reçurent d’importantes indemnités. Ils conservèrent même la concession jusqu’en 1968 !

La compagnie se reconvertit alors dans divers secteurs industriels et bancai­res. Il y eut des fusions variées (Banque IndoSuez en 1974… Compagnie de Suez en 1990… Lyonnaise des eaux…). En 2001 le groupe devint Suez. En 2008, ce fut la fusion de Suez avec Gaz de France, ce qui donna naissance à GDFSuez et à Suez Environnement. Signe des temps et du snobisme, Engie a une consonance anglaise. Une longue page se tourne. Mais le trust poursuit sa route.

Le nouveau logo a été mis sur les façades des tours de la Défense, sur son centre de recherche de Saint-Denis et sur l’immeuble de Bruxelles. Une campagne publicitaire de « quelques dizaines de millions d’euros » dans la presse et à la télévision a commencé non seulement en France mais en Europe.

Pour trouver le nouveau nom, les dirigeants du groupe public et leur agence Publicis avaient fixé des exigences : un nom court, prononçable dans toutes les lan­gues et évoquant l’énergie (le groupe veut être connu comme spécialiste de toutes les énergies). Engie serait aussi un prénom féminin d’origine anglo-sa­xonne. Des astucieux ont fait valoir que la nouvelle appellation peut s’entendre comme les lettres NG prononcées à l’anglaise. NG comme « natural gaz ». Personne n’y avait pensé, a assuré le PDG, mais cela rappellera Gaz de France.

A l’origine il s’agissait de changer le nom d’une filiale, à 34 %, de GDF Suez : Suez Environnement, spécialisée dans l’eau et les déchets. Puis M. Mestrallet (photo) décida de revoir l’identité du groupe lui-même. Finalement, seul Suez Environnement a gardé son nom. En effaçant Suez, les dirigeants du groupe entendent montrer leur volonté de prendre du recul par rapport à l’Etat qui détient encore 33 % du capital et aussi de donner un coup de fouet après une période de difficultés. En 2013, le groupe avait perdu près de 10 milliards d’euros et doit s’en remettre.

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